Devant la justice

Cécile B. aura presque convaincu le jury de la Cour d’assises. Celui-ci a rendu un verdict nuancé qui fait la part belle à la thèse de la défense sans la suivre jusqu’au bout sur le terrain du meurtre passionnel. En substance, l’accusée était bien dans un état de profond désarroi à cause de sa relation tumultueuse avec Edouard Stern. C’est également sous le coup d’une émotion violente qu’elle a abattu son amant de quatre balles. Le jury a toutefois estimé que la Française était en partie responsable de sa situation et que donner la mort ne pouvait constituer la seule issue à une rupture certes difficile mais pas si tragique.

La victime n’a pas été ménagée par le verdict. Le jury a admis qu’Edouard Stern s’était montré humiliant, harcelant et même cruel envers sa maîtresse. En faisant alterner amour et mépris, il a déstabilisé Cécile B. tout en la plongeant dans la dépression et la confusion. Le jury retient aussi que le banquier a bien prononcé la «phrase gâchette», comme l’avait appelée la défense. «Un million, c’est cher payé pour une pute.» En entendant ces mots lors de leurs ébats, elle a soudainement réalisé que leur histoire était bel et bien terminée. Un sentiment de haine – celui-là même que décrit l’expert psychiatre – l’a alors submergée.

Responsabilité partagée

L’existence d’un profond désarroi ou d’une émotion violente – ici tous les deux – ne suffit toutefois pas pour retenir le meurtre passionnel. Il faut encore que cet état – et non pas l’acte – soit rendu excusable par les circonstances. En d’autres termes, le meurtrier, sans faute de sa part, doit s’être trouvé dans une situation qui rendrait, pour tout un chacun, difficiles l’analyse et la maîtrise de soi. Le jury n’a pas accordé à Cécile B. cette deuxième partie de l’équation.

Selon le verdict, l’accusée était un peu responsable de son désarroi. Elle n’a rien fait pour se sortir de cette relation destructrice, elle n’a pas écouté les conseils de ses amis, elle n’est pas allée consulter un psychiatre – les quelques massages ayurvédiques étant qualifiés de démarches peu sérieuses –, elle n’a enfin pas fait appel aux autorités pour dénoncer le harcèlement dont elle souffrait. Au contraire, ajoute le jury, Cécile B. a toujours cédé aux avances de son amant car elle l’aimait et voulait que leur liaison reprenne. Le fait que Cécile B. ait entrepris des démarches pour écarter les autres femmes qui comptaient dans la vie du banquier le démontre.

Elle était aussi en partie responsable de l’émotion violente et fatale du 28 février 2005. Cette nuit-là, Edouard Stern avait donné d’autres signes de sa volonté de rompre en lui disant: «Si je fais un procès à quelqu’un, je cesse de l’aimer et je cesse de le voir.» Au lieu de prendre la mesure de cette phrase, elle s’est réfugiée dans le déni qui caractérise son fonctionnement psychique perturbé. En restant sur place et en poursuivant leur relation, elle l’a amené à formuler l’ultime humiliation.

Comportement cynique

Le jury n’a pas douté des intentions de Cécile B. Elle n’était pas intéressée par la fortune d’Edouard Stern. Elle voulait surtout l’épouser tout en s’assurant d’une «nécessaire égalité». La tournure qu’a prise le versement du million – transformé en preuve d’amour – a suscité visiblement quelques interrogations. «Pour des motifs peu clairs», souligne le verdict, Cécile B. a gardé cet argent qui avait pourtant perdu toute valeur symbolique puisqu’il avait été donné après sa promesse à elle de le restituer. L’accusée a ainsi provoqué la manœuvre de séquestre entreprise par Edouard Stern, blocage qui a envenimé la relation.

Bien que plongée dans une rupture difficile, Cécile B. ne se trouvait pas dans une situation si tragique qu’elle ne pouvait entrevoir d’autre issue que de chercher une arme et donner la mort. Crier, insulter, partir auraient été des réactions possibles, relève le jury.

Celui-ci a également insisté sur la détermination de l’accusée – qui a tiré quatre fois –, sur sa fuite, son espoir de conserver ou de connaître les motifs du blocage du million, sa capacité à mentir de manière éhontée. «Ce comportement cynique, réfléchi et manipulateur n’est pas celui d’une femme raisonnable qui commet un crime sous le coup d’une émotion ou d’un désarroi excusable.» Reconnue coupable de meurtre, sans circonstances atténuantes mais avec une responsabilité légèrement restreinte, Cécile B. sera fixée ce jeudi sur sa peine.