Rêver Kaori Ito. Son pas suspendu de danseuse. La nuit de ses paupières. Sa silhouette de puma des neiges. Son enfance charpentée par le ballet auprès de maîtres japonais. Sa jeunesse au thé vert. Le New York où elle se nourrit, à 20 ans, de toutes les techniques de la danse. Rêver Kaori Ito, c'est ce que le chorégraphe français Aurélien Bory a fait. Sa pièce s'appelle Plexus. Que font-ils donc de si rare, Aurélien Bory et Kaori Ito? Ils s'accordent comme le peintre et son modèle. C'est qu'à l'origine il y a le désir d'Aurélien de portraiturer Kaori. Il l'a vue épouser les nuages dans des spectacles de Philippe Découflé et de James Thiérrée – Au revoir parapluie, à Vidy en 2007. Il a admiré la pureté de son geste, la hardiesse de ses figures, sa soif de vertige. Il s'est dit que son aura était un trésor. Il lui a donc proposé une pièce qui serait une empreinte. Car Aurélien Bory n'est pas du genre à réduire son sujet à une posture. Son œuvre, depuis dix ans, emprunte ses tours aux trapézistes, aux cascadeurs et aux grands maîtres de l'abstraction picturale. Davantage qu'un visage, Kaori Ito est ici un paysage, fût-il intérieur. Ou mieux, une architecture, c'est-à-dire la possibilité d'un volume, d'une pente, d'un renversement de perspectives. Au début de Plexus, Kaori Ito est un cœur battant dans le silence. Elle se détache à peine d'une toile bleu pétrole, plissée, rideau de théâtre ou plèvre. Dans une main, un capteur qu'elle porte à son sein. Et dans l'ombre alors, ce sont des battements qui résonnent, l'intimité dans ce qu'elle a de plus élémentaire. Plexus est un portrait organique, avec tissus et fibres multiples. Le corps comme étoffe si on veut.