La justice néo-zélandaise a estimé mercredi que Kim Dotcom pouvait être extradé vers les Etats-Unis où il est accusé d’avoir orchestré de vastes pillages en ligne. Le fondateur de MegaUpload.com a immédiatement fait recours contre cette décision. Après un procès qui a duré neuf semaines, le juge Nevin Dawson a souligné qu’il existait des preuves «accablantes» justifiant l’extradition de Kim Dotcom, un Allemand de 41 ans, et de trois autres fondateurs de MegaUpload.

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«Ce n’est pas notre dernier mot»

Kim Dotcom, qui tente depuis quatre ans d’éviter d’être envoyé aux Etats-Unis, a déclaré à sa sortie du tribunal d’Auckland avoir immédiatement fait appel. «Ce n’est pas notre dernier mot. Nous avons fait appel», a dit à la presse le flamboyant magnat de l’Internet dont le vrai nom est Kim Schmitz. «Je suis déçu. C’est tout ce que j’ai à dire. Je souhaite à tout le monde un joyeux Noël. Je rentre chez moi à présent.»

La ministre néo-zélandaise de la Justice Amy Adams, qui devra donner son feu vert à toute mesure d’extradition, n’a pas voulu commenter la décision de justice. «Comme ce jugement est susceptible d’être frappé d’appel, il ne serait pas approprié pour moi de faire davantage de commentaires», avait-elle dit avant l’annonce de l’appel.

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Une peine de vingt ans de prison

En cas d’extradition et de procès aux Etats-Unis, Kim Dotcom encourt 20 ans de prison. Le Département américain de la justice et le FBI l’accusent d’être l’architecte d’un pillage en ligne à grande échelle grâce à MegaUpload, son emblématique plate-forme de téléchargement direct, qui a été fermée par la justice américaine.

Kim Dotcom et trois anciens de MegaUpload – Finn Batato, Mathias Ortmann et Bram van der Kolk – sont accusés d’avoir causé des centaines de milliards de dollars de pertes aux ayants droit des œuvres musicales, films et autres produits piratés. Ils en auraient tiré 175 millions de dollars de profit.

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Kim Dotcom conteste

Recherché pour fraude, racket et blanchiment, Kim Dotcom se défend de toute infraction, en se présentant comme un entrepreneur du Net. Son site faisait de son mieux pour éviter les violations de droits d’auteur, mais avait 50 millions d’utilisateurs quotidiens et ne pouvait contrôler la totalité de leur activité, fait-il valoir. Il accuse les autorités américaines de mener contre lui une vendetta à l’instigation des influents studios hollywoodiens.

D’après le juge néo-zélandais, MegaUpload était à la belle époque le 13e site le plus populaire d’Internet, avec 4% du trafic en ligne. Le juge a estimé que les éléments à charge pesant contre lui n’étaient pas «de nature triviale». Avant même le rendu du jugement, Kim Dotcom avait dit qu’il n’en resterait pas là s’il n’allait pas dans son sens. La bataille judiciaire pourrait encore durer longtemps, à coups d’appel des deux parties, avait-il dit au New Zealand Herald.

La bataille judiciaire n’est pas finie

«Je ne sais pas combien de temps le processus pourrait durer. Un an et demi, deux, trois ans ou plus. C’est un sujet très complexe.» Il a expliqué disposer désormais des financements nécessaires à sa défense en Nouvelle-Zélande suite à une décision récente lui donnant accès à 50 millions de dollars qui avaient été gelés à Hongkong.

Il veut saisir la justice hongkongaise afin de réclamer plus de deux milliards de dollars de dommages et intérêts pour la fermeture du site. C’est dans l’ancienne colonie britannique revenue dans le giron de la Chine qu’il avait créé MegaUpload en 2005.

«J’ai l’occasion de me défendre à Hongkong et de me pourvoir en justice contre ceux qui ont détruit ce que j’y ai construit, et cela signifie que je peux poursuivre indirectement le gouvernement américain par l’intermédiaire du Ministère hongkongais de la justice», a-t-il dit au journal. «J’en ai assez d’être sur la défensive. Je veux passer à l’attaque et 2016 m’en fournira l’occasion.»

Kim Dotcom dispose en Nouvelle-Zélande d’un titre de séjour permanent qui lui avait été octroyé en vertu d’une politique de visas accommodante envers les migrants aisés. L’affaire avait commencé en janvier 2011 lorsque la police néo-zélandaise avait mené un spectaculaire raid matinal à son luxueux domicile.