Avec King Size, Christoph Marthaler signe un petit chef-d'œuvre. Mais qu'est-ce au juste que cette pièce pour quatre interprètes sidérants logés dans une chambre de palace? Un récital, merveilleusement assorti, bande-son où cohabitent une élégie de Robert Schumann et une facétie de Boby Lapointe, où Michel Polnareff fait office de pousse-café, où l'ombre d'Al Jolson, ce fou chantant qui embrase Broadway dans les années 1930, passe en douce – «Sonny Boy». Ces musiques forment la trame d'une fable existentielle, l'attente du ou de la bien-aimé(e), la déception qui s'ensuit presque toujours, la volupté du regret. Bref, notre condition saisie au pied du lit. Car là sont la drôlerie et la beauté de l'histoire. Tout se joue autour d'un lit, king size justement, cette conque où nous nous absentons et nous rassemblons. Le propos tient donc à la literie, c'est sa grâce: accéder, en chantant - et en allemand, mais le spectacle est surtitré -, à la nappe phréatique qui nous constitue, cette chambre enfouie où loge l'être, qui est la promesse, souvent, des pièces de Marthaler.