Après la stupeur qui a été causée par la dislocation du secteur bancaire et la déroute boursière, et alors que pointe la récession, l'heure est à la chasse aux boucs émissaires. De part et d'autre de l'Atlantique, les journaux s'interrogent: qui sont les responsables de la crise et comment leur faire expier leurs fautes?

• Newsweek frappe fort. Sur la couverture de sa dernière livraison, le magazine américain d'information pointe d'une flèche vengeresse LE responsable: Alan Greenspan. Depuis une année, il est de bon ton de vilipender l'ancien président de la Réserve fédérale (Fed). «Nul doute que les autorités auront à cœur de ne pas repartir, fleur au fusil, sur les traces d'Alan Greenspan, maître de la baisse des taux, et principal responsable de la débâcle», peut-on lire sous la plume de Daniel Cohen, éditorialiste associé au Monde.

• Mais voilà maintenant dénoncé l'emballement coupable de l'ancien banquier central pour les nouvelles technologies. Il «pensait qu'Internet rendrait les marchés plus sûrs et plus riches, exempts de secrets ténébreux. Cette vision a échoué», reproche Newsweek à sa une, avant de consacrer un long dossier au «comment» de ce «premier désastre de l'ère Internet». Par comparaison, l'explosion de la bulle «dotcom» en 2000-2001 n'était qu'une crise «d'adolescence» de cette même ère.

• «Pendant plus d'une décennie, Internet a été salué comme le grand démocratisateur de l'information. [...] Il était censé créer une nouvelle génération de citoyens investisseurs qui seraient libres d'allouer leur épargne sur tout type d'actifs, des actions du S & P 500 aux futures sur l'huile de palme. Il était censé rétrécir le monde pour en faire un village [...] où la corruption et la cupidité n'auraient nulle part où se cacher. [...] Alan Greenspan était l'un des principaux zélateurs de cette nouvelle philosophie», insiste l'hebdomadaire dans sa livraison.

• Cette nouvelle liberté donnée aux investisseurs du monde entier n'allait pas sans une lourde responsabilité: «Chacun doit comprendre exactement ce qu'il fait, sans se reposer sur la supervision gouvernementale. Dans un monde où la capacité de négocier des produits financiers exotiques dépasse largement notre capacité à les comprendre et à les valoriser, c'est une chose très dangereuse.» Quant aux solutions préconisées par Newsweek, elles restent un peu vagues: «Faire en sorte qu'Internet consolide mieux l'information»...

• Dans son édition de mardi, le Financial Times désigne de tout autres fautifs: les anciens étudiants de la très - trop? - prestigieuse Business School d'Harvard (HBS). Depuis des décennies, elle façonne les plus brillants et ambitieux cerveaux de la planète. «Il n'y a pas le moindre doute que la plupart des diplômés quittent cette institution avec un sens très clair de leur propre valeur et de leurs propres capacités. Ils ne sont pas programmés pour l'échec. Et pourtant, tout aussi clairement, ces anciens étudiants se sont retrouvés au cœur des mondes de la banque d'investissement et du conseil, qui sont maintenant accusés d'avoir déstabilisé le système financier mondial jusqu'à la destruction.»

• «Nous avons tous échoué à comprendre combien le système avait changé», concède le doyen de l'école, cité par le Financial Times. Mais la remise en question tourne court: «Nous devons faire partie de la solution», affirme-t-il.

• Les fauteurs de troubles que Marianne donne en pâture à ses lecteurs sont plus attendus: les grands patrons des banques, des «margoulins postcommunistes». «Le poisson a commencé à pourrir par la tête. Les plus hauts dirigeants qui vivaient naguère confortablement à l'abri du besoin se sont mis à amasser des fortunes sur le dos de leur entreprise», accuse l'hebdomadaire français dans un brûlot visant spécifiquement Daniel Bouton, le patron de la Société Générale. «De proche en proche, toute la hiérarchie s'est infectée. Des mathématiciens de haut vol ont proposé de nouveaux «produits financiers» [...] sans autre but que leur enrichissement personnel, celui de leurs patrons et de toute la chaîne des commerciaux.» Une pyramide basée sur «du vent», qui vient d'exploser...

Newsweek.Hebdomadaire généraliste diffusé à 4 millions d'exemplaires.

Le Monde.«Journal de référence», créé en 1944 par Hubert Beuve-Méry. Le quotidien est diffusé à 344000 exemplaires.

Financial Times.Le journal de référence de la City, offre une couverture exhaustive de la politique et de l'économie internationales. Fondé en 1888. 448000 lecteurs.

Marianne.Magazine hebdomadaire français d'obédience autoproclamée «centriste révolutionnaire». Diffusion: 283999 exemplaires.