Bis repetita? Le royaume des Belges n'a plus de gouvernement. Et il en attend toujours un trois jours après la chute du cabinet d'Yves Leterme. Le scénario? Un cabinet de transition avec les partis de la coalition sortante, avant peut-être des élections anticipées en juin 2009. Et les causes de ce chaos politique? Yves Leterme est accusé d'avoir fait pression sur la justice pour qu'elle autorise le démantèlement de la banque Fortis, largement touchée par les répercussions européennes de la crise des «subprime». Mais aussi en vue d'une revente de ses opérations belges et luxembourgeoises au groupe français BNP Paribas.

• Pour Le Soir,.Dans La Libre Belgique, Francis Van de Woestyne pense, lui, que «ce n'est pas en cultivant l'hystérie collective qu'on redonnera confiance aux Belges. C'est pourtant par là qu'il faut débuter». Et de ne pas souhaiter une «bonne année 2009» au suivant d'Yves Leterme (ci-contre), «car il est évident que sa tâche sera particulièrement lourde et ingrate dans un pays qui a recommencé à douter de tout, y compris de lui-même et de ses institutions». «L'heure est grave», écrit le quotidien, sans mâcher ses mots: «C'est évident, il y a eu, dans le traitement judiciaire du dossier Fortis, des comportements en contradiction flagrante avec un des principes de base de notre démocratie: la séparation des pouvoirs.» Le royaume de Belgique se serait-il donc transformé en une république bananière sans règles? Pas si vite, poursuit le journal: «Si le gouvernement a démissionné, si des enquêtes ont et auront lieu, c'est bien parce que les mécanismes de contrôle existent et ont fonctionné.»

• Si, aux Pays-Bas, De Volskrant indique qu'Yves Leterme est un homme en qui «personne ne croyait plus», en France, Libération écrit que le chaos est provoqué «par une grave violation de l'Etat de droit»: «Cette nouvelle crise n'est qu'un signe de plus du délitement de la démocratie belge.» Quant au Parisien-Aujourd'hui en France, il rappelle pour sa part que le roi avait maintenu Yves Leterme en poste lors de sa dernière démission, mais «que cette fois néanmoins, les choses semblent beaucoup plus graves»: «L'affaire Fortis s'est transformée en quasi-affaire d'Etat.»

• Le Financial Timesmet en évidence, de son côté, que «l'atmosphère apparemment permanente de confusion et de désunion des politiciens belges amène de plus en plus de spéculations concernant la survie du pays en tant qu'entité unique». En Espagne, El País, qui s'attarde longuement sur la crise, titre: «Débâcle à Bruxelles». Le quotidien souligne qu'Yves Leterme est intervenu rapidement en septembre pour sauver Dexia et Fortis. «Ce fut trop rapide pour 2000 petits actionnaires de Fortis et apparemment trop détaché par rapport à l'Etat de droit», indique le quotidien. En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitungécrit que son sort politique semble désormais scellé et se demande si Guy Verhofstadt, le prédécesseur de Leterme, n'est pas un successeur possible.