Magazine engagé en faveur de l'écologie, «La Revue durable» consacre régulièrement, depuis sa naissance en été 2002, de longs dossiers à de grands thèmes. Cet automne, il a choisi de traiter du rôle du charbon dans la production d'électricité. Sujet brûlant s'il en est, dans plusieurs sens du terme...

öOù est le problème? «L'électricité est la forme d'énergie dont la demande croît le plus depuis trente ans, répond La Revue durable. De 1973 à 2005, la consommation totale d'énergie a doublé dans le monde, celle de l'électricité a triplé.»

öCette augmentation s'avère particulièrement fulgurante dans le secteur des services et, à un degré moindre, au sein des ménages. Dans le premier cas, elle provient de «l'essor de la climatisation, de l'informatique et des infrastructures liées au fonctionnement des réseaux de communications». Dans le second, elle découle de la conjonction de deux facteurs: le nombre croissant des ménages (des appartements toujours plus vastes abritent toujours moins de monde) et la multiplication des équipements au sein de chacun d'entre eux.

öCette évolution se nourrit de plusieurs types de matériel: les équipements nouveaux (lecteurs DVD, téléphones sans fil, etc.), les équipements autrefois luxueux en voie de banalisation (lave-vaisselle, sèche-linge, climatiseurs, etc.) et, plus simplement encore, les équipements qui s'additionnent (à l'achat d'un nouveau téléviseur, l'ancien n'est pas jeté mais trouve refuge dans une autre pièce).

öEnfin, les ménages ne possèdent pas seulement plus d'appareils, ils les utilisent aussi davantage. «En moyenne, indique le magazine à titre d'exemple, les Européens ont passé 27 minutes de plus devant leur télé en 2005 que dix ans plus tôt.»

öOr, poursuit le journal, «la croissance de la demande en électricité booste l'utilisation de deux combustibles à l'origine de gigantesques problèmes pour la biosphère: le charbon et l'uranium». Le premier est une très mauvaise surprise pour les écologistes. Energie du passé s'il en est, il se redécouvre actuellement un grand avenir. Après avoir décliné pendant les années 1990, la part de l'électricité qui en est issue connaît une forte hausse depuis une dizaine d'années. Raisons en sont «les coûts plus élevés et plus volatils du gaz», la deuxième source d'énergie la plus utilisée pour générer de l'électricité, ainsi que les inquiétudes sur sa fin prochaine.

öLe charbon cumule le meilleur et le pire. Il est le combustible fossile le plus abondant (150 ans au rythme actuel de sa consommation), le mieux distribué dans le monde et le meilleur marché aujourd'hui, constate la revue. «Mais c'est aussi celui qui émet le plus de dioxyde de carbone (CO2): un kilowattheure produit à partir du charbon émet 730 g de CO2 dans les centrales les plus modernes contre 400 g par kWh produit à partir du gaz.»

öLa conférence de Copenhague, censée préparer l'après-Protocole de Kyoto (et donner à la communauté internationale de nouveaux objectifs de diminution de gaz à effet de serre), se réunit dans un an. Et beaucoup dépendra de ses résultats. Dans ce contexte, se désespère La Revue durable, l'essor du charbon constitue un non-sens. S'il est un moyen de freiner le réchauffement, c'est bien en réduisant, tout à l'inverse, l'utilisation de ce combustible-là.

öLe célèbre climatologue James Hansen, l'un des premiers à avoir dénoncé le réchauffement climatique aux Etats-Unis, a appelé à «un moratoire sur la construction de toute nouvelle centrale à charbon sans système de capture et séquestration du carbone». Et de nombreuses organisations lui emboîtent le pas de manière convaincante, se réjouit le magazine. Huit Etats américains ont décrété (une telle mesure) et la proposition «gagne en audience dans les pays anglo-saxons».

öL'Europe, elle, peine à suivre le mouvement, bien qu'elle aime à se considérer à la pointe de la lutte contre le réchauffement. «L'Allemagne est de ce point de vue, un lieu stratégique, explique le journal: c'est un champ de bataille entre investisseurs [...] et opposants au charbon.» Certains électriciens suisses ne s'y sont pas trompés. Limités dans leur liberté d'action par la législation helvétique, ils «sont partis courir en Allemagne et, dans un cas, en Italie pour y investir dans le charbon.» Et de marteler: «Le fait que toutes les entreprises qui réagissent ainsi soient en mains publiques ajoute au caractère choquant de la situation.»

La Revue durable. Magazine engagé en faveur de l'écologie. Basé à Fribourg, il est édité 5 fois par an, tiré à 13000 exemplaires et distribué dans toute l'Europe francophone.

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