Kiosque: les éditorialistes dénoncent le spectacle désolant du duel Ségolène Royal-Martine Aubry. Le hara-kiri des socialistes français

Kiosque: les éditorialistes dénoncent le spectacle désolant du duel Ségolène Royal-Martine Aubry.

Le Parti socialiste français est entré en conclave lundi pour tenter de sortir de l'impasse créée par l'élection d'extrême justesse de Martine Aubry au poste de premier secrétaire. Ce scrutin est contesté par Ségolène Royal. Les accusations de fraude se sont multipliées dans les deux camps pendant tout le week-end, les proches de l'ancienne candidate à la présidentielle envisageant même des actions en justice pour faire constater l'irrégularité de certains votes. Lamentations dans la presse sur cette terrible expression de la schizophrénie de la gauche française.

• «Le PS s'est fait hara-kiri», écrit Le Soir. «C'est pire que tout ce que l'on aurait pu imaginer. Les scènes auxquelles on a assisté ce week-end resteront gravées dans les pires annales de l'histoire politique», au moment où le pays est touché, comme tous les autres, par la crise.

• Sur cette même voie, la Tribune de Genève enchaîne: «Alors que le tsunami financier est en train de se transformer en crise économique majeure, le principal parti d'opposition en France ne trouve pas plus urgent que de flamber sur le bûcher des vanités présidentielles. Etre calife à la place de Nicolas Sarkozy, voilà l'unique préoccupation de ses dirigeants.»

• Au point que Die Zeit, comme les autres journaux résignés à une inévitable scission, ne donne plus très cher du PSF: un parti qui «vit désormais sur une autre planète», alors que l'Europe est plombée par la crise du capitalisme et l'inquiétude. Bref, il y a «tout pour remettre en selle un parti de gauche!». D'où un certain scepticisme pour la prochaine échéance: «En route pour les élections européennes. Les yeux fermés, et droit dans le mur.»

• Ce qui fait les affaires de l'UMP, ironise la Süddeutsche Zeitung: «Sarkozy ne risque rien de la part de ces socialistes-là. Il peut déjà faire mettre une bouteille de champagne de Reims au frais. Mais le président ne boit pas. Il préfère déguster la désunion de ses adversaires en toute sobriété.»

• Et Le Figaro de jouer également dans le registre moqueur, à la limite de la Schadenfreude: «Les royalistes et les aubrystes sont devenus deux tribus qui se toisent, s'agressent et se promettent mille et une avanies. Les Capulet et les Montaigu, les O'Timmin et les O'Hara.» Alors après «la guerre des deux roses» que plus personne ne nie, deux partis socialistes cohabiteront-ils? «Il y aura le PSS (le Parti socialiste de Ségolène) et les PSM (le Parti socialiste de Martine). C'est une scission qui ne dit pas son nom, mais qui a l'avantage de sauver les apparences.» Vraiment?

• Et à gauche, alors, qu'en dit-on? Libération, consterné, ne trouve plus les mots pour décrire la pantalonnade de la rue de Solferino: «Fous! Ils sont devenus fous! La rage suicidaire qui a saisi les socialistes laisse la gauche profonde pantoise, furieuse et désabusée.» Et plus éloignée du pouvoir que jamais: «Si l'on n'est ni sarkozyste, ni centriste, ni trotskiste, à quel saint se vouera-t-on? Ou à quelle sainte? Par sa force électorale et son implantation locale, le PS est incontournable sur l'échiquier politique. Sa transformation en champ de foire informe déséquilibre d'un coup la démocratie française, en coupant à l'opposition l'espoir de gouverner à brève échéance.»

• Car on ne gouverne pas, en effet, pas tout de suite du moins, au terme d'une si «âpre bataille politique». Après ce duel infernal, il restera quoi, d'ailleurs? «Les noms d'oiseaux, répond La Croix, les soupçons, les accusations échangés, les procès en tricheries, les anathèmes, les plaintes pour faux en écriture ou pour diffamation.»

• «Le crime politique est presque parfait», sourient pour leur part LesEchos, en maniant fort à propos la métaphore hitchcockienne. L'épiphénomène politicard prend des allures de grave défaite des idées: «Affaiblie par la déroute de la présidentielle de 2007, pillée d'une partie de ses figures et de ses idées par Nicolas Sarkozy, déchirée par les ambitions des candidats à la succession de François Hollande, la principale force d'opposition sort paralysée du processus de désignation de son nouveau premier secrétaire.» De fait, écrit le quotidien, il faut en conclure à «l'absence de dimension idéologique».

Le Soir. Un quotidien qui s'adresse à l'ensemble des francophones de Belgique. Pionnier sur Internet. Diffusion: 125000 exemplaires.

http://www.lesoir.be

Tribune de Genève. Quotidien régional genevois. Audience: 150000 lecteurs.

http://www.tdg.ch

Die Zeit. L'hebdomadaire de l'intelligentsia allemande. Diffusion: 464400 exemplaires.

http://www.zeit.de

Süddeutsche Zeitung. Le «journal intellectuel du libéralisme de gauche allemand». Diffusion: 430000 exemplaires.

http://www.sueddeutsche.de

Le Figaro. Le grand quotidien de la droite française. Audience: 1190000 lecteurs.

http://www.lefigaro.fr

Libération. Le quotidien de la gauche française. Audience: 806000 lecteurs.

http://liberation.fr

La Croix. Quotidien français catholique. Diffusion: 123000 exemplaires.

http:///www.la-croix.com

Les Echos. Quotidien français détenu par LVMH, relatant l'actualité économique, financière et boursière. Audience: 670000 lecteurs.

http://www.lesechos.fr

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