La lenteur des réactions des commissaires européens et du président Barroso paraît surréaliste. Faute d'instances adéquates, l'UE assiste, hébétée, à la restructuration anarchique du marché bancaire européen.

• Existe-t-il encore vraiment une politique européenne de la concurrence pour le secteur financier? s'interroge Handelsblatt. La crise a totalement dépassé et submergé les autorités de cartel de l'Union européenne (UE). Les fonctionnaires, tout à leur jeu de mikado de seuils d'intervention et de critères de subventions, assistent aux événements comme en état de choc. Il est surréaliste de voir la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, continuer à concentrer toute son énergie sur sa querelle avec les «Landesbanken» (banques publiques régionales) et les caisses d'épargne régionales allemandes. Le 1er octobre, elle a présidé à un «examen approfondi» du plan de sauvetage de la WestLB. N'y aurait-il pas plus important à faire, par hasard, s'interroge Handelsblatt.

• Handelsblatt constate cependant que si Bruxelles passe complètement à côté de ces déraillements, tout cela n'est pas uniquement imputable à l'entêtement de Mme Kroes. L'UE ne dispose d'aucune instance capable d'intervenir et disposant des ressources financières et en personnel pour agir au bon moment. Quand une grande banque se retrouve au bord du gouffre, personne ne se soucie de savoir si la reprise agrée ou non aux poussifs contrôleurs de la concurrence de Bruxelles, toujours prompts à se quereller au sujet de leurs compétences. C'est aussi en temps de crise que se dessine l'authentique stature des responsables politiques, poursuit le journal. Il n'est donc pas surprenant que l'on n'ait rien entendu de particulièrement éclairant de la part de José Manuel Barroso, rappelons-le, président de la Commission européenne. Ce qui n'est pas sain sur le plan économique car nous devrons vivre pendant des années, voire des décennies, avec les nouvelles structures qui émergent.

• Ils n'ont pas vu venir. C'est aussi le sentiment de The Economist. «La crise se propage à présent dans deux directions: de l'Atlantique vers l'Europe et des marchés financiers vers l'économie. Les gouvernements ont réagi au coup par coup. S'ils ont eu du mal à prendre le contrôle de la situation, ce n'est pas seulement à cause de la vitesse de la contagion, mais aussi parce qu'ils ont sous-estimé l'ampleur de la crise. Prenons Peer Steinbrück, le ministre des Finances allemand, qui déclarait le 25 septembre que les Etats-Unis constituaient «la source et le principal foyer de la crise» et annonçait la fin de leur superpuissance financière. Quelques jours plus tard, Berlin devait échafauder un prêt de 35 milliards d'euros avec des banques nationales pour sauver Hypo Real Estate, le numéro deux allemand du crédit immobilier [cette garantie financière a été portée à 50 milliards d'euros le 5 octobre]. Steinbrück n'était pas le seul. Alors que les banques européennes s'effondraient l'une après l'autre, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclarait [le 30 septembre] qu'il n'y avait «pas de drame devant nous». Depuis, il y a eu Fortis et Dexia.

• L'imprévoyance et la cacophonie européenne met Laurent Joffrin, de Libération, hors de lui. «Rarement le coût de la non-Europe aura été aussi visible et aussi douloureux. Rarement la rigidité des talibans du marché aura fait autant de mal. Les marchés ont besoin de liquidités, les déposants de garanties. Seule une gouvernance européenne réunifiée et volontaire peut y pourvoir et rétablir un semblant de confiance dans la finance mondiale. Ensuite viendra l'heure des comptes. Ensuite viendra le temps des réformes de structure [...] La bévue des nations égoïstes, qui plongera l'économie européenne dans la récession si elle n'est pas vite effacée, montre qu'elle est devenue une nécessité.

• Qu'est-ce qui fait encore tenir les marchés? Les épargnants, affirment Les Echos. «C'est maintenant acquis, le devenir du système financier mondial repose sur les épaules des veuves de Carpentras, de Sheffield, de Karlsruhe, de Charleroi ou de Milwaukee. L'image peut paraître osée, mais alors que toutes les digues sautent les unes après les autres, une seule tient encore: celle que constituent les dépôts des particuliers auprès de leurs banques. Source de financement captive, les comptes de la clientèle constituent l'un des derniers carburants à la disposition de banques dont certaines sont proches de la panne sèche. Un bien qui vaut de l'or dans le climat actuel.»

Handelsblatt. Le principal journal économique, financier et boursier d'outre-Rhin. Indispensable aux hommes d'affaires allemands. Diffusion: 147 000 exemplaires.

The Economist. Grande institution de la presse britannique, le titre, fondé en 1843, est la bible de tous ceux qui s'intéressent à l'actualité internationale et à l'économie. Diffusion supérieure à 1,3 million d'exemplaires.

Les Echos. Quotidien français détenu par LVMH, relatant toute l'actualité économique, financière et boursière. Audience: 670 000 lecteurs.

Libération. Le grand quotidien généraliste de la gauche française. Audience: 806 000 lecteurs.