Tbilissi veut ouvrir un musée de l'Agression russe dans la maison même de Staline, à Gori. Une initiative inspirée des exemples polonais et baltes, et traduisant la volonté d'entretenir le sentiment antirusse - déjà bien enraciné. Récit de deux journalistes - Guéorgui Dvali et Vladimir Vodo - publié dans Kommersant, et repris par Courrier international.

öNika Vatcheïchvili, ministre de la Culture, du Patrimoine et des Sports de Géorgie, a annoncé, le 25 septembre, la création d'un musée de l'Agression russe. Depuis quatre ans déjà, le musée national de Géorgie abrite une exposition permanente consacrée à «l'occupation de la Géorgie par la Russie soviétique en 1921 et à la répression contre la noblesse, la paysannerie et l'intelligentsia géorgiennes». Mais Tbilissi a décidé que cela ne couvrait qu'une période trop brève dans l'histoire des relations entre les deux peuples. «Le développement et l'enrichissement des musées géorgiens se poursuivent, afin d'englober aussi les processus contemporains», explique Natia Mouratchachvili, porte-parole du Ministère de la culture.

• Le musée de l'Agression russe sera installé dans la maison-musée de Staline, à Gori. Le choix de cette ville n'est pas dû au seul fait qu'elle a plus souffert que d'autres localités de Géorgie lors de l'intervention militaire russe, en août dernier. Mme Mouratchachvili note que «le concept d'aménagement de ce nouvel espace pourrait servir à présenter l'idée selon laquelle l'agression russe contre la Géorgie s'inscrit dans la poursuite de la politique expansionniste et agressive de Staline». L'une des employées du musée explique que les travaux ont déjà commencé. «Nous recueillons des témoignages sur les bombardements russes, sur les pillages auxquels se sont livrés les militaires russes dans la ville, sur les cas de vols et de violences, ainsi que des objets destinés à la future exposition.»

• Les professionnels et muséographes géorgiens comptent beaucoup sur l'aide de leurs homologues de Pologne et des pays Baltes. «Notre initiative est loin d'être une première, précise Mme Mouratchachvili. Dans de nombreux pays, et tout particulièrement en Europe, il existe des musées historiques évoquant les relations de la puissance stalinienne avec leurs Etats et leurs peuples. C'est par exemple le cas en Pologne.»

• Le premier musée balte des Victimes du génocide a vu le jour à Vilnius en octobre 1992, à l'instigation du Ministère de la culture et de l'éducation lituanien. L'exposition est située dans un bâtiment qui a successivement abrité, entre 1945 et 1991, le NKVD, le NKGB, le MGB et le KGB de la république socialiste soviétique de Lituanie [les différentes administrations chargées de la sécurité nationale, c'est-à-dire les services secrets]. En 1997, le musée a été réaménagé, et il est passé sous l'égide du Centre lituanien d'étude du génocide et de la résistance. Sa fonction officielle est de collecter, conserver, étudier et faire connaître dans la société les documents historiques qui reflètent les «différentes formes et méthodes de génocide physique et spirituel des habitants de la Lituanie utilisées par le régime d'occupation soviétique, ainsi que les moyens et l'ampleur de la résistance à ce régime d'occupation».

• A Gori, la monumentale statue de Joseph Staline qui se dresse sur la place centrale de la ville pourrait être récupérée par le musée de l'Agression. Vladimir Vardzelachvili, représentant du président Saakachvili et gouverneur de la région de Chida Kartlie [Kartlie du Nord, dont le chef-lieu est Gori et qui, pour la Géorgie, comprenait aussi l'Ossétie du Sud], confirme que, dans la perspective de la future exposition, l'idée de déplacer la statue avait bien été évoquée, mais que rien ne serait décidé sans que les habitants de Gori et l'ensemble de l'opinion géorgienne aient été consultés. «Certains pensent qu'elle n'a plus sa place en plein centre de Gori, une ville qui a été bombardée de façon barbare par la puissance même que Staline a créée et qu'il a fidèlement servie», explique M. Vardzelachvili. Déjà en 1989, lors de la montée en puissance du mouvement pour l'indépendance de la Géorgie, les autorités géorgiennes avaient tenté d'enlever la statue. Des milliers d'habitants de Gori étaient alors venus monter la garde, veillant la nuit, armés de barres de fer et de fusils de chasse, déterminés à ne pas laisser agir ceux qui auraient voulu faire disparaître cette statue d'un «grand Géorgien, qui a créé un grand pays et porté la gloire de sa petite patrie dans le monde entier». A l'époque, les autorités avaient renoncé.

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