Dans le viseur de «The Economist», l'année 2009 est plutôt inquiétante. Elle sera marquée par une économie en mauvais état et une grande puissance, les Etats-Unis, dans une phase de transition politique. Si l'hebdomadaire se félicite de l'élection de Barack Obama, le rédacteur en chef de «The World in 2009», Daniel Franklin, estime qu'il devra apprendre très vite à dire non à toutes les requêtes qui lui seront adressées.

öUne année inquiétante, mais attention, prévient l'hebdomadaire, l'économie mondiale n'est pas dans une situation de dépression comparable à celle de 1930. Avec raison, les gouvernements ont décidé d'agir «et ils continueront de le faire en 2009». Mais ceux qui espéraient que les pays émergents prendraient le relais de la croissance américaine vont être déçus. L'économie mondiale n'a - elle non plus - pas de plan B.

öUne année de vérité pour l'environnement. Selon Daniel Franklin, on mesurera concrètement la sincérité environnementale des industriels et des gouvernements qui seront au chevet du climat, en novembre et décembre 2009, à Copenhague. Un accord «est peu probable», et sans doute une année supplémentaire sera nécessaire pour poursuivre des négociations difficiles, comme ce fut le cas à Kyoto.

öLe monde de la finance doit s'attendre à un changement des règles du jeu. Pour Edwar Carr, les intentions sont légitimes, mais il faut se méfier «des mauvaises solutions, pires souvent que le mal qu'elles entendent combattre». Le système a besoin de davantage de transparence et d'une meilleure information. Mais interdire, par exemple, les ventes à découvert d'actions ou la spéculation à la baisse est une mauvaise idée. Et fondamentalement, avertit l'auteur, toute nouvelle réglementation a un prix qui sera supporté par le consommateur final.

öDeux mille neuf sera une année de transition pour l'Europe également. En juin, les citoyens des 27pays de l'Union seront aux urnes pour élire les membres du nouveau Parlement européen, dans une indifférence qui ne fera que s'accentuer. Le Traité de Lisbonne est aux soins intensifs, et ce n'est pas forcément une bonne idée de vouloir le ranimer.

öDe Madrid, José Luis Rodriguez Zapatero estime que l'Europe doit «rassurer», en renforçant les liens de solidarité envers les citoyens mais aussi entre les grandes nations du monde. Pour le premier ministre espagnol, l'Europe a le devoir d'affirmer son identité en développant une politique migratoire commune. De renforcer dans un même élan ses liens naturels avec le bassin méditerranéen.

öDe l'Europe, l'Ukraine en a besoin pour établir une relation équilibrée avec son grand voisin russe, écrit son premier ministre Ioulia Timochenko. A ses yeux, l'Ukraine ne doit pas être forcée de choisir entre l'Occident et la Russie mais entre «démocratie et autoritarisme». Seuls des liens institutionnels solides avec ses partenaires et voisins peuvent lui éviter les écueils d'un choix dramatique et finalement le risque «d'une dérive».

ö «The World in 2009» met en évidence une évolution de plus en plus marquée: la montée en puissance des grands pays du Sud. Et comme s'il le pressentait, Luiz Inacio Lula da Silva insiste sur la volonté de son pays, le Brésil, d'être associé et écouté sur les grands chantiers du monde.

ö Enfin, au retour à la modestie dont parle Henry Kissinger répond la franchise humble du banquier Josef Ackermann (Deutsche Bank), chargé de tirer les «leçons de la crise financière». Mais The Economist ne serait pas fidèle à lui-même s'il ne tirait pas le bilan de ses propres prévisions pour 2008. Simplement intitulé «About 2008: sorry», l'hebdomadaire regrette d'avoir sous-estimé la violence de la crise financière, de ne pas avoir prévu le conflit entre la Russie et la Géorgie, ni la victoire de Barack Obama devant Hillary Clinton.

The Economist. N° spécial «The World in 2009».

Grande institution de la presse britannique, cet hebdomadaire fondé en 1843 par un chapelier écossais est la bible de tous ceux qui s'intéressent à l'actualité internationale. Ouvertement libéral, il se situe à l'«extrême centre». Détenu à 50% par le «Financial Times» et imprimé dans six pays, il réalise environ 85% de ses ventes à l'extérieur du Royaume-Uni. Le contenu et la couverture des différentes éditions (Royaume-Uni, Europe, Amérique du Nord, Asie) varient en fonction des régions, mais les éditoriaux sont identiques. Les articles, depuis la création du journal, ne sont pas signés. Diffusion: 1337180 exemplaires.

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