La conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, dans l'hebdomadaire allemand «Der Spiegel», réplique aux attaques allemandes contre la politique fiscale de la Suisse. La «NZZ am Sonntag» y a consacré son dossier du week-end et estime que les relations entre les deux voisins n'ont jamais été si mauvaises.

• Dans la courte interview parue en fin de cahier du Spiegel, Micheline Calmy-Rey répète la déception de la Suisse face aux attaques de ministre des Finances, Peer Steinbrück, qui veut inscrire la Suisse sur la liste noire des paradis fiscaux de l'OCDE. «On ne parle pas comme cela avec un pays partenaire. En plus, c'est faux. Le secret bancaire ne fait pas de la Suisse une oasis fiscale. Pour le montant des impôts, nous sommes dans la moyenne des Etats de l'OCDE.»

• Le Spiegel insiste. «Ne pouvez-vous pas comprendre que M.Steinbrück soit fâché que la Suisse n'accorde pas d'entraide judiciaire en cas d'évasion fiscale?» «La Suisse a une autre philosophie fiscale, répond la conseillère fédérale. L'Etat a confiance dans ses citoyens. Si quelqu'un oublie quelque chose, il n'est pas pour cela arrêté immédiatement. [...] Je peux comprendre que l'Allemagne ait besoin d'argent. Mais elle n'a pas besoin de chercher un bouc émissaire.»

• La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères veut terminer toutefois sur une note optimiste. «Il n'y a pas de conflit avec l'Allemagne. Nos relations sont étroites et amicales. [...] Plus de 3000 Allemands émigrent chaque mois en Suisse, ils contribuent à notre bien-être et sont les bienvenus. Mais avec ses déclarations, le ministre des Finances risque de renforcer les préjugés.»

• La NZZ am Sonntag n'est pas si optimiste. Les relations entre les deux pays n'étaient jamais amicales. Mais elles ont atteint leur niveau le plus bas. Dans son commentaire, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire, Felix E. Müller, regrette que la chancelière Angela Merkel ne ramène pas à la raison les «dénigreurs professionnels de la Suisse» comme Peer Steinbrück. Mais ne s'en étonne pas. La visite d'Angela Merkel en avril dernier était d'une modestie qui frisait la grossièreté diplomatique. La nouvelle génération de politiciens allemands en a assez de se montrer humble en raison de Hitler, l'Allemagne réunifiée veut faire jouer ses muscles. La Suisse est par ailleurs devenue une concurrence à prendre au sérieux. Avec les 220000 citoyens allemands qui vivent sur sol helvétique, elle est une épine dans le pied du puissant voisin. Mais si Peer Steinbrück croit qu'il pourra ramener la Suisse à la raison en sortant son fouet, il se trompe. Il va tout au plus réveiller l'esprit de résistance contenu dans les gènes des Confédérés et à qui ils croient devoir la chance de n'avoir pas été annexés par l'Allemagne.

• La crise entre les deux pays fait quand même un heureux. L'ancien ambassadeur en Allemagne, Thomas Borer, ne rate pas l'occasion de critiquer son successeur. Il ne se montre pas assez offensif et télégénique pour défendre les intérêts suisses à Berlin, déclare Thomas Borer dans Sonntag.

• Le Bund, dans son commentaire de la semaine, voit les choses de manière plus dépassionnée. La Suisse ferait bien de prendre au sérieux la déclaration de guerre de Peer Steinbrück. Car la partie de poker pour le secret bancaire va repartir. Les deux poids lourds que sont l'Allemagne et la France veulent profiter de l'élan de la crise financière pour fixer de nouvelles règles pour le monde bancaire.

Der Spiegel.Grand magazine d'enquêtes, lancé en 1947 et basé à Hambourg, agressivement indépendant, à l'origine de plusieurs scandales politiques. Depuis sa création, cet hebdomadaire a choisi la ligne du journalisme d'investigation et a déclaré la guerre à la corruption et à l'abus de pouvoir. Il est en général peu tendre avec la droite allemande. Et connu aussi pour avoir développé son propre jargon journalistique. Diffusion: 1 076 000 exemplaires.

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