Kiosque. Mission accomplie pour les «boys» britanniques en Irak?

Kiosque.

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a confirmé jeudi devant la Chambre des communes que l'essentiel des 4100 soldats britanniques termineraient leur mission fin mai et auraient quitté l'Irak fin juillet 2009, écartant tout lien avec un éventuel renfort de troupes en Afghanistan. Mais la question qui demeure, dans la presse d'outre-Manche, prend la forme d'un dilemme quasi existentiel depuis le début du conflit: le «travail» a-t-il été mené à bien ou la mission n'a-t-elle donné lieu qu'à de piètres résultats?

öLe tabloïd à grand tirage (plus de 3 millions d'exemplaires) The Sun ne fait pas dans la dentelle, qui n'hésite pas à conclure: «La Grande-Bretagne quitte l'Irak la tête très haute.» Un article escorté de la photo du jour (ci-contre): «ze» Prime Minister, ravi quoique un brin pincé, entouré de ses officiers souriants à Bassorah. «On a vu que la Grande-Bretagne a montré qu'elle avait encore un rôle majeur à jouer dans le monde. Maintenant le défi est d'abattre le terrorisme en Afghanistan et nous ne manquerons pas de le relever», ajoute le plus lu des journaux britanniques, dont on ne saurait sous-estimer l'influence au sein des familles qui ont des leurs sur le front. Le journal conservateur de référence, le Daily Telegraph, souligne quant à lui que les forces «ont fait face à une mission extrêmement difficile mais ont réussi à remettre le contrôle de quatre provinces du sud aux Irakiens, laissant derrière elles des officiers de deux divisions de l'armée irakienne parfaitement entraînées». Mission accomplie, donc, sans triomphalisme ni patriotisme.

öLa longue campagne en Irak «n'était pas nécessaire», estime en revanche l'Independent (à gauche, et très indépendant d'esprit, comme son nom l'indique) et elle n'a donné «pratiquement aucun résultat»: «La Grande-Bretagne n'a pas beaucoup gagné dans son intervention, mais n'a pas beaucoup perdu non plus, en dehors de ses jeunes soldats tués ou mutilés.» Le Times, de centre droit, estime enfin qu'«en aucune façon» l'annonce du départ des troupes britanniques ne signifie que leur mission en Irak a été réussie: «Au mieux, on a sauvé la face en sortant d'un engagement condamné par le pays, dont les troupes n'ont retiré aucun crédit, et qui laisse Bassorah toujours plongée dans la pauvreté, l'instabilité et les querelles claniques.» Mais le quotidien ne rejette pas la faute sur les militaires: ces derniers ont fait «de leur mieux,» mais «les politiciens de Londres les ont laissé tomber».

öIl faut cependant ajouter un bémol: il y a une semaine, la BBC précisait que le plan de retrait serait mis en œuvre si les élections provinciales irakiennes, prévues en janvier, se déroulent dans le calme. Par ailleurs, le Guardian avait annoncé en primeur que la base aérienne de Bassorah ne serait pas remise aux autorités irakiennes, mais que les Britanniques y seraient remplacés par 4000 à 5000 soldats américains.

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