Inscrire la Suisse sur la «liste noire» des paradis fiscaux de l'OCDE? Les propos du ministre des Finances allemand, le social-démocrate Peer Steinbrück, provoquent un tollé de ce côté-ci du Rhin. En Allemagne, on prend acte de la convocation de l'ambassadeur Axel Berg par le DFAE. Mais certains médias enfoncent le clou. Quant à Peer Steinbrück, il persiste et signe. Jeudi à Stuttgart, le ministre n'a montré aucune compréhension pour la Suisse. Ajoutant: «Peut-être devrais-je aussi convoquer l'ambassadeur de Suisse.»

• «La Suisse en noir.» Le titre de Frankfurter Allgemeine Zeitung est éloquent. Le texte, également. «Les fiers banquiers, écrit le journal allemand, se sont fait rosser les premiers. Maintenant, c'est au tour des places financières, naviguant sous des drapeaux noirs (ndlr: de pirates), de subir les assauts.» Et si le drapeau helvétique a perdu sa couleur en une du journal, le gouvernement suisse, lui, «voit rouge», écrit la FAZ. Peer Steinbrück y est-il allé trop fort? Die Welt a ouvert un forum sur son site internet: «La Suisse doit-elle être mise au ban comme un paradis fiscal?»

• La Frankfurter Rundschautitre carrément: «La Suisse devient un Etat voyou.» L'article se veut plus nuancé. Ce sont avant tout les mots de Peer Steinbrück, poursuit le journal, «qui ont déplu à Berne». Le ministre, pour mémoire, a déclaré: «Si la carotte ne suffit pas, ce sera le bâton.» Plusieurs médias, comme la Süddeutsche Zeitung, notent que la Suisse juge ces propos «inacceptables».

• Côté suisse, les réactions indignées fusent. La Suisse, écrit le Blick, sort «la grosse artillerie contre le fouet allemand». Si les éditoriaux sont peu nombreux, ils sont amers. «Aucun doute: la Suisse est une fois de plus devenue la cible», écrit la Neue Luzerner Zeitung, rappelant que le prédécesseur de Peer Steinbrück, Hans Eichel, n'y était pas non plus allé de main morte. Mais «le ton est monté d'un cran», poursuit le journal lucernois. Et Berne «ferait bien de mieux s'armer, en vue du dialogue fiscal à venir, qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent». Pourquoi ces attaques? «Peer Steinbrück est dans de sales draps, écrit Le Nouvelliste. Très critiqué dans son pays pour sa gestion calamiteuse de la crise financière, il avait urgemment besoin d'un bouc émissaire. Les Etats-Unis étant trop gros pour lui, il s'est rabattu sur un adversaire moins intimidant: la Suisse.»

• Mais la ministre autrichienne des Affaires étrangères, dont le pays est également visé, vole au secours de la Suisse. Les reproches de Peer Steinbrück sont «injustifiés», estime Ursula Plassnik, dans le Tages-Anzeiger. «Le secret bancaire est un principe important à nos yeux», déclare la politicienne du parti conservateur ÖVP. Une adhésion de la Suisse à l'UE atténuerait ces attaques? «Je ne le crois pas», poursuit la ministre. «L'Autriche, le Luxembourg et la Belgique sont également cités comme paradis fiscaux.» La voie bilatérale est-elle en danger? «L'Autriche soutiendra toujours la Suisse.»

• Enfin, le ministre allemand des Finances, «claqueur de fouet» selon l'Aargauer Zeitung, récolte quelques piques en retour. «Peer Steinbrück prend rarement des pincettes», écrit le Bund. Le ministre des Finances «n'est pas un politicien dont le discours s'est adouci par des années de recherche de consensus». Pourtant, Peer Steinbrück «surfe dans son pays sur une vague de succès et de sympathie», constate le quotidien. D'ailleurs, le plan de sauvetage pour les banques allemandes, à hauteur de 500 milliards, est associé à son nom. Mais «le volcan allemand», comme l'écrit la Basler Zeitung, a aussi connu des bas. «Lors des élections régionales de 2005 (ndlr: en Rhénanie-du-Nord-Westphalie), le SPD a obtenu avec sa tête de liste le plus mauvais résultat depuis 1954.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung. quotidien allemand de référence, diffusé à 377000 exemplaires.

www.welt.de, site internet de Die Welt, 202000 ex.

Frankfurter Rundschau, journal allemand de 156000 ex.

Blick, quotidien de boulevard, 231000 ex.

Le Nouvelliste, quotidien valaisan, 43000 ex.

Tages-Anzeiger, quotidien zurichois, 214000 ex.

Bund, quotidien bernois, 213000 ex.

Basler Zeitung, journal bâlois diffusé à 94000 ex.