Incompréhension, irritation, révolte. La décision du président français Nicolas Sarkozy de ne pas extrader l'ancienne terroriste des Brigades rouges Marina Petrella «pour des raisons de santé» provoque une vive indignation de l'autre côté des Alpes.

• «Comme il est humain, Sarko, avec l'ancienne terroriste», ironise Cesare Martinetti, l'éditorialiste de La Stampa qui estime qu'en «refusant l'extradition de la brigadiste Marina Petrella pour «raisons humanitaires», Nicolas Sarkozy est pour la première fois applaudi par la gauche caviar dont Carla Bruni est l'icône indiscutée, mais il commet une grave offense envers l'Italie». Alors que l'ancienne membre des BR s'était réfugiée en France en 1993 à l'ombre de la doctrine Mitterrand, qui offrait l'asile à tous les activistes d'extrême gauche transalpins ayant rompu «avec la machine infernale du terrorisme», l'éditorialiste de La Stampa, le journal de Turin, s'interroge: «Que signifie l'expression «raisons humanitaires» adoptée pour retenir en France une terroriste condamnée à la perpétuité dans un autre pays de l'Union européenne? Que ce pays n'offre pas les garanties «d'humanité» nécessaires dans le traitement des détenus? Ou que l'on ne partage pas le verdict?»

• Dans le Corriere della Sera, le principal quotidien italien, c'est l'ancien procureur de Palerme Giancarlo Caselli, qui durant les années 70 était en poste à Turin, chargé des affaires de terrorisme, qui s'insurge: «Encore trop peu de Français savent ce qui s'est récemment passé en Italie durant les années de plomb, et pourtant ils s'érigent en juges de notre pays avec une certaine arrogance, qui parfois frôle le mépris». Et de s'en prendre à ces «soi disant spécialistes français qui ne donnent aucune place aux victimes survivantes du terrorisme, qui vivent une douleur intense. On ne peut ignorer les victimes et se croire les seuls défenseurs des droits de l'homme», lance-t-il, tandis que de nombreux intellectuels, à commencer par Bernard-Henri Lévy, s'étaient mobilisés, avant même le cas Petrella, pour empêcher en 2004 l'extradition du romancier et ancien membre des prolétaires pour le communisme Cesare Battisti, lui aussi condamné à la prison à vie et réfugié en France.

• Le rôle de Carla Bruni-Sarkozy et de sa sœur Valeria, venues à l'hôpital Sainte-Anne mercredi dernier pour annoncer à Marina Petrella qu'elle ne serait pas extradée, suscite également interrogation et ironie amère. «Deux sœurs dont on ne sait pas à quel titre elles interviennent», commente Giancarlo Caselli. «Une décision prise entre deux Etats souverains (l'extradition de Petrella) a été remise en discussion par la femme du président. Et on parle de la grandeur française», souligne le quotidien de centre gauche Il Riformista: «Avec ce retournement, la France est tombée dans la petitesse d'une monarchie absolue [...] Au bout du compte, au lieu de jouer son rôle de président, Sarkozy a joué au mari.»

• Encore plus dur, le quotidien de droite Libero lance: «Mais quel Sarkozy? C'est Bruni qui dirige l'Elysée!» Et d'enchaîner: «Ce fut beau d'y croire. Mais l'idée que celui qui gouvernait la France était un conservateur libéral était trop révolutionnaire pour être vraie. Nicolas Sarkozy, l'étrange gaulliste atlantiste qui s'était fait élire à l'Elysée en promettant la rupture, n'existe plus. En décidant de ne pas extrader la terroriste rouge Marina Petrella, condamnée à la perpétuité pour l'homicide du commissaire Sebastiano Vinci [...], Sarkozy a même réussi à se faire applaudir par les nostalgiques de l'étoile à cinq pointes» (ndlr: le symbole des Brigades rouges).

• La Stampane manque de souligner la différence de traitement réservée aux anciens militants d'Action Directe en France et aux terroristes italiens réfugiés à Paris: «Les quatre chefs d'Action Directe ont été condamnés à la perpétuité et à une détention spéciale: isolement pour une douzaine d'années avec lumière allumée en permanence dans la cellule. L'un est devenu fou, une autre est tombée malade et n'a été libérée qu'au stade terminal de son cancer, la troisième a subi des attaques cérébrales répétées et n'est sortie que récemment, le quatrième, Jean-Marc Rouillan, a obtenu la semi-liberté après vingt ans de prison. Mais pour avoir dit ce que tous les terroristes italiens ont toujours dit, il a été remis en prison. Et aucun intellectuel ou homme politique français n'a protesté. Même pas les sœurs Bruni. Pourquoi la France est-elle si sévère avec ses terroristes et si clémente avec les Italiens?»

La Stampa. A la fois le principal quotidien de Turin et le principal quotidien du groupe Fiat. Diffusion: 400000 exemplaires.

Il Corriere della Sera. Premier quotidien national italien par sa diffusion (662000 ex.).

Il Riformista. Le titre est considéré comme proche des Démocrates de gauche. Diffusion: 17000 exemplaires.

Libero. Quotidien de droite et polémique fondé en l'an 2000, tire à 220000 exemplaires.