La critique américaine est sans appel: «W.» (traduit «W, l'improbable président»), sorti vendredi dernier en salles américaines, n'est pas le brûlot qu'elle attendait de la part de son réalisateur, Oliver Stone, contre le futur ex-président des Etats-Unis George W. Bush. Les journaux regrettent la «vision simplifiée» du cinéaste, «un manque d'informations nouvelles», bref, un film «conventionnel» et «inintéressant».

• «Who cares?» annoncent ni plus ni moins Variety et The Village Voice. «Peu de choses à aimer dans ce film et à peu près aucune raison de s'y intéresser» cingle Newsweek. «A ce point-là, qui en a encore quelque chose à faire?» fustige le Voice. George W. Bush n'est plus dans le cœur des Américains, le pays est en pleine récession, pourquoi, se demandent les journaux, aller s'infliger deux heures et onze minutes d'un supplice qui s'apparente, pour le Village Voice, à «une redescente d'acide»?

• Pour le New York Times: «Oliver Stone se contente de traiter ce que tout le monde connaît, du familier, des aspects les plus entendus de la biographie de M. Bush, survolant des événements maintes fois racontés dans un nombre incalculable de livres et d'articles de presse; du bizutage de sa fraternité à sa bagarre avec son père, de son problème d'alcool à sa rédemption par la religion, à sa décision d'envahir l'Irak.»

Newsweek et The Austin Chronicle déplorent eux aussi ne rien apprendre de plus que ce que l'Histoire ne sait déjà. «Rien de tout cela ne sera nouveau pour quiconque connaît les choses les plus rudimentaires de la vie de notre président» regrette Newsweek.

«Dans notre monde où l'information est traitée 24 heures sur 24, ce réchauffé d'événements récents n'apparaît pas simplement comme familier mais comme complètement inutile», ponctue The Austin Chronicle qui ne voit dans W. «rien de surprenant».

• Prévisible, inintéressant, réchauffé, W. serait également «conventionnel». Varietyn'y va pas par quatre chemins: «Pour un film qui aurait pu être soit une satire torride soit une tragédie absolue, W. est, et c'est peu de le dire, excessivement conventionnel, surtout stylistiquement parlant.»

«Prosaïque», écrit The Austin Chronicle, «simplifié à l'excès», accuse leNew York Times: «M. Stone voudrait vous faire croire que M. Bush s'est présenté au poste de gouverneur du Texas puis à la présidentielle dans l'unique but de régler l'erreur de son père de n'avoir pas viré Saddam Hussein une fois pour toutes.» Pire, «W. surfe sur un royaume de conventionnalisme», selon Newsweek. «Envolées la vision de grandeur et la narration époustouflante qui érigeaient les films d'Oliver Stone au rang d'art et faisaient de ses personnages des héros tragiques; ici, tout n'est que récapitulation terne et floue d'un des moments les plus sombres de l'Histoire moderne de la politique américaine» conclut The Austin Chronicle.

• A sa décharge, W. peut invoquer un problème de distanciation dans le temps. L'ensemble des journaux s'accorde pour dire que ce film aurait pu avoir un impact il y a quatre ans, ou, au contraire, en avoir dans «10 ou 15 ans». «Richard Nixon et John Kennedy étaient morts depuis longtemps lorsque M. Stone les a taclés dans ses films», constate leNew York Times, tandis que Newsweekremarque, lui, qu'il est «à la fois trop tôt et trop tard pour un film sur un président encore en fonction».

öPour expliquer ce fiasco, leNew York Times, Newsweeket Variety se demandent si le réalisateur ne se serait tout simplement pas retenu de peur de subir les critiques «des journalistes, des critiques ou des historiens» qui l'avaient ridiculisé lors de la sortie de JFK et Nixon. Une éventuelle peur que tous regrettent.

• Loin de ces critiques sur le fond et la forme, le Wall Street Journal suggère, lui, une approche économique du film et se penche sur son mode de financement. Le journal nous apprend que les grands studios américains ayant refusé de financer le projet, Oliver Stone s'est tourné, avec succès, vers des investisseurs étrangers. Parmi lesquels un millionnaire suisse, Thomas Sterchi, pour qui «Bush est le plus grand désastre politique de ces 50 dernières années», et les célèbres producteurs français Samuel et Victor Hadida (Metropolitan Film Export). Et, tandis que beaucoup de journaux avancent que Stone aurait lui-même choisi de sortir son film avant les élections présidentielles, - «ce qui pourrait aider Barack Obama» (New York Times) -, le Wall Street Journalrévèle, lui, que ce sont bien les directeurs de Metropolitan qui ont exigé une sortie en novembre. Stone, lui, songeait plutôt «à une sortie début 2009».

The Village Voice, hebdomadaire alternatif et gratuit new-yorkais, cofondé par Norman Mailer en 1955, 250000 exemplaires.

Variety, Bible de l'industrie du cinéma, hebdomadaire américain fondé en 1905.

The Wall Street Journal. Bible des milieux d'affaires, le quotidien new-yorkais est diffusé à 2 millions d'exemplaires.

The New York Times, journal de référence, tiré à 1160000 exemplaires.

Newsweek, deuxième magazine le plus lu par les Américains, tiré à 3,1 millions d'exemplaires aux Etats-Unis.

The Austin Chronicle, hebdomadaire indépendant de la ville d'Austin, Texas, tiré à 90000copies.