Kiosque. Stefan Derrick, le roboratif inspecteur au charme «prolo»

La mort du comédien allemand Horst Tappert, qui a incarné l'inspecteur Derrick dans la célèbre série télévisée allemande du même nom, a suscité énormément de commentaires émus sur ce personnage atypique, aux allures d'antihéros.

• «Il a passé l'arme à gauche»: c'est le jeu de mots (un brin éculé) répété par les quotidiens de l'Arc lémanique pour évoquer la disparition de l'une des plus grandes stars du petit écran allemand. Horst Tappert, alias Stefan Derrick, l'inspecteur débonnaire toujours flanqué de son assistant faire-valoir Harry Klein. Un des produits d'exportation les plus efficaces de l'Allemagne d'après-guerre, résume la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), qui propose également une vidéo à l'effet «petite madeleine». Le document provoque une saisissante illusion référentielle, qui met en scène ce héros de la «société civile» au «succès mondial», Derrick ayant représenté une série phare de la production européenne. Le phénomène a fait l'objet d'études sociologiques en Allemagne, rappelle la FAZ, et même jusqu'en Suisse romande avec Thomas Sandoz, qui a consacré une monographie et un site (http://www.ccdille.ch/derrick) à cet inspecteur apparu sur les écrans en 1974.

• Derrick constitue «un matériau brut de l'histoire des mentalités de la République fédérale», écrit la FAZ: l'homme «qui fait le bien» dans le sordide univers du crime, à tel point qu'il le rend parfaitement «banal» au cœur des années 1970 et 1980, lorsque coexistaient encore RFA et RDA, puissants symboles de la Guerre froide. Née à l'époque de cette RDA, la Berliner Zeitung analyse le personnage comme «un ouvrier précis» et «un acteur auquel on pouvait s'identifier», jusqu'à ses éternels yeux de chien battu: «un représentant de la moyenne»; soit un «Allemand moyen» comme on dit un «Français moyen». Sur son site, le Spiegel offre quant à lui toutes sortes de contributions audiovisuelles qui satisferont les inconditionnels de ce «détective roboratif au charme prolo», qui a fait les beaux soirs (le traditionnel «Krimi» du vendredi) du service public allemand.

• Un vrai phénomène, que la Tageszeitung, ce titre alternatif de gauche né en 1979 à Berlin-Ouest, écologiste et pacifiste, voit comme un «antihéros», «de formation bourgeoise», finalement «anobli» avec le plus grand talent par la TV de la Bundesrepublik. Mais encore? «Une contribution à la culture populaire d'aujourd'hui», affirmait Guillaume Chenevière, alors patron de la TSR, dans le Journal de Genève du 1er septembre 1989 (page25; http://www.letempsarchives.ch), évoquant le public «qui aime ce personnage énergique et sensible tout à la fois», à l'occasion d'une escale promotionnelle de Horst Tappert au Château d'Ouchy, à Lausanne.

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