Directeur de l’économie et de l’urbanisme, le conseiller communal chaux-de-fonnier Laurent Kurth (PS) est persuadé que l’inscription au patrimoine mondial va améliorer l’attractivité des Montagnes neuchâteloises. Entretien.

Le Temps: La Chaux-de-Fonds et Le Locle n’ont pas une image très positive en Suisse romande. La reconnaissance de l’Unesco va-t-elle changer la donne?

Laurent Kurth: Oui, pour autant qu’on en fasse quelque chose. C’est un peu comme Expo 02. Certaines villes ont oublié qu’elles avaient accueilli des arteplages. Dans d’autres, on a su créer une dynamique remarquable, comme à Bienne, par exemple. Nous sommes confrontés à un défi comparable. On voit déjà des effets positifs. Un certain nombre de choses a été mis en route dans la perspective de l’inscription. Cela a donné un élan qui a amélioré l’image de la ville. Il est renforcé par l’officialisation de cette reconnaissance. Cela participe à décomplexer les Chaux-de-Fonniers.

– Tourisme neuchâtelois considère que le label Unesco constitue «une chance énorme» pour les Montagnes. Quelles opportunités entrevoit le pouvoir politique?

– Je reviens à l’image. Un des handicaps qui a longtemps poursuivi La Chaux-de-Fonds et Le Locle est d’être perçues comme des bourgades campagnardes, éloignées du Plateau et situées en altitude. Pour les gens qui ne connaissent pas la région, c’est un peu comme aller dans les Grisons. La réalité, c’est que La Chaux-de-Fonds est une ville reliée par le réseau autoroutier qui se trouve à moins d’une heure de Lausanne et à moins de 45 minutes de Berne. L’entrée au patrimoine mondial souligne l’urbanité de cette région et sa richesse culturelle. C’est le cœur de la démarche. Du point de vue touristique, cela va attirer une clientèle à la recherche de loisirs intelligents. On entre de plain-pied dans un créneau porteur.

– L’inscription au patrimoine mondial aura-t-elle un impact pour les horlogers de la place?

– Les marques recherchent l’authenticité. Le label Unesco souligne qu’elles se trouvent dans le creuset historique de l’industrie horlogère. Cela leur donne des histoires à raconter. Cela peut déboucher sur un développement intéressant pour l’horlogerie, mais aussi pour la microtechnique. Corum, Tissot ou Ulysse Nardin utilisent déjà cet ancrage. D’autres marques y viennent. Patek Philippe, qui apparaissait jusqu’ici uniquement sous le nom de ses filiales, inscrira son nom sur son nouveau bâtiment du Crêt-du-Locle.

– La population des deux villes est fière de cette reconnaissance, mais elle n’est pas toujours au fait des spécificités de l’urbanisme horloger. Comment expliquez-vous cette difficulté?

– Dès l’origine, le plan en damier de la ville a suscité des remarques acerbes. On condamnait «la construction de casernes à la chaîne». Aujourd’hui, on a une ville qui laisse une place incroyable à la lumière. On le doit à l’horlogerie. Avant d’être une industrie, elle s’est développée en tissant un lien très étroit avec l’habitat. Les Chaux-de-Fonniers et les Loclois sont tellement habitués à cet ensemble qu’ils n’en voient pas la richesse. C’est comme si votre grand-mère vous avait légué la Joconde et que vous l’aviez au mur de votre salon depuis votre plus tendre enfance. Il y a des chances pour que vous la trouviez moche et sans intérêt. Mais le jour où on la met en scène au Louvre avec un défilé des touristes et qu’on vous dit que c’est un chef-d’œuvre de la peinture, vous prenez conscience de sa richesse. A nous de réaliser ce changement de perspective.

– Dans la perspective de l’inscription au patrimoine mondial, le Conseil communal a voulu réunir les musées de la ville dans une logique de complémentarité. Contesté, le projet a été abandonné en octobre 2008. Qu’en est-il aujourd’hui?

– L’inscription au patrimoine mondial doit se traiter dans la durée. Le Conseil communal a eu le phantasme d’être prêt dans les dimensions culturelles et patrimoniales le jour «J». On est allé un peu vite. On a brusqué le monde des musées. Il y a eu beaucoup d’incompréhension, ce qui a créé plus de blocages que d’avancées. Aujourd’hui, je ressens une compréhension mutuelle pour faire de ces musées des outils de valorisation de ce patrimoine et de rayonnement de la ville avec un dialogue entre ceux qui ont le savoir et ceux qui fixent les orientations politiques.

– La Chaux-de-Fonds et Le Locle ont organisé plusieurs célébrations ce samedi pour marquer le coup. La crise qui frappe l’horlogerie ne gâche-t-elle pas un peu la fête? – C’est difficile de dire que tout va bien. L’histoire qui est reconnue aujourd’hui par l’Unesco est celle d’une région qui a vécu au rythme de l’horlogerie, avec ses hauts et ses bas. Les gens peuvent être fiers de ce patrimoine, malgré les difficultés. La fête peut être un des remèdes à la crise. Il ne faut pas y renoncer.