Eric Salama est surprenant. On connaissait la passion de ce metteur en scène genevois pour les auteurs contemporains puissants et saignants, comme Tabori, Burroughs et Bond, qu'il retrouve ici. On connaissait moins son intérêt pour les classiques. Ce Hamlet qu'il a réalisé avec une distribution exclusivement féminine au Théâtre d'été de l'Orangerie, il y a quatre ans. Ou aujourd'hui, cette Affaire de la rue Lourcine, d'Eugène Labiche, comédie potache qu'il fait dialoguer avec Si ce n'est toi, farce nettement plus amère d'Edward Bond. Mais si surprise il y a, elle est agréable, car le Hamlet pour filles farouches était joliment impertinent et le Labiche à venir s'annonce tout aussi grinçant. C'est que ses comédiens (Juliette Ryser, José Ponce,Thibault Saâdi Bastien Semenzato, Matthieu Sesseli) ne sont pas du style à se taper sur les cuisses pour en rajouter au rayon gouleyant. Le jeu sera vif, serré, sans doute cruel, par moments. Car Bond se tient en embuscade avec sa prose de fin du monde. Effroi, il y aura.