Que se passe-t-il lorsque l'on place une élégante Parisienne face à un t-shirt orné de loups ou des gants de cuisine en forme de pinces d'écrevisse? Les visiteurs de Paris Photo, sans doute, entendront quelques gloussements désappointés devant un tel concentré de mauvais goût. Mazaccio & Drawilal, lauréats 2013 de la résidence BMW au Musée Nicéphore Niépce, à Chalon-sur-Saône, ont signé l'exposition la plus saugrenue des dernières Rencontres photographiques d'Arles. Ils la promènent, en partie, à Paris Photo. Au programme donc, un étalage de représentations animales, jouant de cadrages et de plans qui sèment le trouble. Deux individus portant des loups sur leurs t-shirts et des chats dans leurs bras. Des dauphins peints, un requin en peluche. Des fleurs et des oiseaux décorant un pansement et une planche de surf. Pour chaque portrait, un titre généralement tiré d'un blockbuster. La culture mainstream à son paroxysme. A côté, des chiens de toutes sortes regardant des couchers de soleil.

Les Parisiens, en revanche, échapperont à la déjection d'éléphant en train de tomber – hommage à l'instant décisif de Cartier-Bresson, aux clichés de nudistes insérés sur du Sopalin à motifs ou au reportage consacré à l'index droit – et donc déclencheur - d'Elise Mazac, moitié du duo. Robert Drowilal, l'autre moitié, évoque le processus créatif du couple.

Les deux séries animalières présentées à Paris Photo résultent d'une résidence à Chalon-sur-Saône. Les t-shirts loups ou les chiens sont-ils plus nombreux là-bas qu'ailleurs?

C'est une réflexion que nous avions entamée après avoir déniché une photo d'amateur sur Internet. Elle montrait un chien regardant partir un bateau, avec un mouvement du cou vers l'embarcation. Elle nous a émus. La série, «Le meilleur ami du chien», a été réalisée à partir d'un shooting de chiens en studio et de couchers de soleil puisés dans la collection du Musée Niépce - l'institution a racheté une banque d'images spécialisée dans les calendriers. Elle évoque toutes les projections que nous faisons sur les chiens, ainsi que le coucher de soleil comme un archétype censé émouvoir de manière universelle. Nous pensons au contraire que c'est le résultat de conventions. La série «Wild Style» agit comme un contre-champ, puisqu'il s'agit de snapshots, avec l'idée du collage dans la manière de cadrer et de superposer les plans. Nous voulions induire une fusion entre l'animal vivant et représenté, abolir la hiérarchie, tout traiter comme une surface.

Vous parlez avec beaucoup de sérieux d'un travail considéré souvent comme une vaste bouffonnerie…

Nous travaillons très sérieusement sur des sujets qui font plaisir. L'idéal est un sujet fun, léger, voire vulgaire, dont on découvre les autres lectures en grattant un peu.

Vous insérez des nudistes sur du Sopalin, réalisez un reportage sur un index… Comment viennent ces idées, pour quelles lectures?

Petite, Elise collectionnait les feuilles de Sopalin. Nous avons retrouvé le carton il y a quelques années; l'idée nous plaisait de retirer un objet jetable de son flux habituel de consommation pour en faire le point de départ d'une œuvre. A partir de là, les nudistes ont tout naturellement trouvé leur place. Quant à la série «Déclencheur», nous avons vu un manuel dans un musée intitulé Profession: artiste. Cela nous a interpellés. Etre artiste, est-ce une profession, une condition, une vocation? Ce reportage sur l'index droit d'Elise appuyant sur une chasse d'eau, un toaster ou un écran, tourne en ridicule la condition d'artiste, à l'inverse de ceux qui voudraient magnifier chacun de nos gestes. Nous sommes comme tout le monde.

Pourquoi une esthétique aussi kitsch?

Je ne trouve pas cela vraiment kitsch. Nous n'avons pas l'impression de jouer avec la notion de goût mais de mener une vraie réflexion sur nos représentations et le type d'images que les gens partagent, sur Internet notamment. L'idée est de reprendre ces codes et de les faire disjoncter.

Certes, mais illustrer l'instant décisif avec un éléphant en train de déféquer, c'est un peu potache, non?

Potache oui, mais pas gratuit.