La petite arvine? Un vin à boire après une ou deux années de bouteille pour profiter pleinement de ses arômes typiques d’agrumes, de fruits exotiques ou de rhubarbe. A force d’entendre des vignerons valaisans répéter l’argument en boucle, j’ai fini par croire qu’il s’agissait d’une vérité divine que personne – sinon quelques originaux peu recommandables – ne pouvait sérieusement envisager de transgresser. Un avis conforté par la dégustation de deux anciens millésimes de la petite arvine Maître de chais de la Maison Provins lors des rencontres de la Mémoire des vins suisses: l’arvine semblait s’éteindre au fil des ans, avec dans un cas une oxydation marquée.

Ces belles certitudes ont volé en éclats le week-end dernier pendant le salon Vinéa à Sierre. Samedi matin, Dominique et Jean-Bernard Rouvinez ont organisé une «verticale» de leur petite arvine, Château Lichten, à l’intention d’un peloton de journalistes. La dégustation comprenait dix millésimes: 2010, 2008, 2006, 2004, 2002, 2000, 1998, 1996 et enfin 1994, première année de production. Un choix pensé pour mélanger bonnes et moins bonnes années afin de se faire une idée précise de la capacité de vieillissement du cépage.

Toujours issu de la même parcelle de 4 ha, à Loèche, vinifié en cuve sur lies fines sans fermentation malolactique, Château Lichten a passé l’examen avec mention. Hormis le 1994, issu de très jeunes vignes, tous les anciens millésimes possèdent encore un très bel équilibre matière-acidité. Certains sur des arômes tertiaires, avec des notes pétrolées qui rappellent les grands rieslings. D’autres sur le fruit confit et les épices. Une magnifique dégustation avec un coup de cœur pour le millésime 2002, ciselé avec une très longue finale saline. Qu’on se le dise: les (grandes) arvines sont armées pour tenir dans le temps.