L’assassin de Lucie sera enfermé à vie

Argovie La Cour suprême a durci la condamnation en deuxième instance

L’avocat du condamné fera appel au Tribunal fédéral

Devant la justice

L’assassin de Lucie n’a pas échappé cette fois à l’internement à vie. La Cour suprême d’Argovie n’a pas suivi le Tribunal de district, qui avait assorti la réclusion à vie d’un internement simple, et a durci la condamnation. Quatre ans après l’entrée en vigueur de la loi, c’est la première fois qu’un tribunal de deuxième instance prononce l’internement à vie. L’avocat de la défense a déjà annoncé un recours au Tribunal fédéral.

Les juges argoviens, suivant sur toute la ligne le procureur et les avocats de la famille, ont également reconnu l’assassin coupable d’atteinte à la paix des morts. Et accepté de verser une indemnité bien plus élevée au frère et à la sœur de la victime. Cuisinier au chômage, toxicomane, l’homme, âgé aujourd’hui de 29 ans, avait tué sauvagement la jeune Fribourgeoise de 16 ans en mars 2009, après l’avoir attirée dans son appartement près de Baden.

«Je suis heureuse. Nous arrivons au bout de ce que nous voulions atteindre. Nous ne pouvions pas accepter que cet homme soit libre un jour. Il faut lui donner des soins, car pour moi il est malade, mais il reste trop dangereux pour la population», a déclaré la mère de Lucie à la sortie du tribunal.

Pour le président du tribunal, l’assassin n’est pas guérissable («amendable», dit la loi) de manière durable et remplit ainsi la condition pour l’internement à vie. «Il a déjà suivi une thérapie de quatre ans lors de son séjour dans un établissement pour jeunes adultes, sans succès. Selon les experts, un nouveau traitement n’aurait aucune chance de résultat même sur une durée de quinze, voire de vingt ans», a-t-il déclaré lors de l’ouverture du jugement.

Les deux experts indépendants dont le tribunal est tenu de prendre l’avis se sont montrés catégoriques. Ils ont certes répété que, au-delà d’une période de 25 ans, il était impossible de faire des prévisions. Mais qu’ils ne pouvaient faire de pronostic favorable sur la dangerosité du détenu pour une période plus courte. «Si cela se passe mal, il faut plus que quinze ans», a déclaré l’un d’eux.

La condamnation pour atteinte à la paix des morts, chef d’accusation oublié par le procureur en première instance, ne change rien à la peine de réclusion à vie. Mais elle a pesé lourd dans la balance pour l’internement à vie. Car, comme l’a relevé un des experts, la reconnaissance d’une composante sexuelle dans le crime diminue encore les chances de guérison. En première instance, le Tribunal de district n’avait pas détecté d’agression sexuelle à proprement parler.

L’interrogatoire à ce sujet a donné lieu à des explications difficilement supportables de la part de l’assassin. Après avoir passé la nuit dans la même pièce que la jeune fille sans vie, il a entrepris le lendemain de sa mort de la laver sous la douche, et a reconnu l’avoir touchée de manière inappropriée à ses parties intimes. «Je voulais effacer ce qui s’était passé, je pensais bien faire», a déclaré l’ancien cuisinier, assis la plupart du temps, sans émotion apparente. Il n’a pu expliquer toutefois pourquoi il a encore passé un bas noir sur le visage de Lucie et l’a laissée nue dans une posture indécente sur le sol de son appartement, avant de disparaître quelques jours chez sa petite amie.

Le procureur a parlé d’un dangereux récidiviste: «La question de l’internement à vie n’est pas seulement théorique, mais répond à un intérêt évident. Nous le devons non seulement à la famille de la victime, mais à toute la société, qui a un droit à la sécurité maximale.»

L’avocat de la défense a invoqué les experts, qui n’ont pas exclu qu’à très long terme l’assassin puisse répondre positivement à un traitement. «La question n’est pas de savoir quand une thérapie a du succès, mais si elle peut en avoir.»

Le frère et la sœur de Lucie, également présents à Aarau, recevront des indemnités augmentées à 25 000 et 40 000 francs. Le meurtrier a annoncé lors de l’audience qu’il ne s’opposait plus à ces sommes. «Vous savez comme moi que je ne pourrai pas payer cela», a-t-il déclaré aux juges.

La sœur de Lucie, 19 ans au moment des faits, a traversé un calvaire de trois ans dont elle sort à peine. Très proche de sa cadette, dont elle partageait l’appartement après le divorce de leurs parents, elle a passé par la dépression, les tentatives de suicide, l’alcool et la drogue. Elle qui voulait devenir infirmière après sa maturité n’a pas encore pu commencer une formation.

«La question n’est pas de savoir quand une thérapie a du succès, mais si elle peut en avoir»