La saga du Guide Michelin est née avec l'automobile. Les frères Edouard et André Michelin croient beaucoup en ce nouveau moyen de locomotion. Ils comprennent rapidement que son succès dépendra entre autres de la possibilité de se repérer sur les routes, dans les villes et de trouver des hôtels pour les étapes ainsi que des dépôts d'essence. Le Guide Michelin voit le jour en 1900, pendant l'Exposition universelle. Comme il n'y a alors que 2897 véhicules déclarés qui roulent en France, l'ouvrage s'adresse également à la foule des vélocipédistes. La disponibilité du carburant est le critère principal de la sélection des villes du guide. On trouve alors l'essence chez... les épiciers et les boulangers! Bientôt, tous les corps de métiers se mettent à en proposer.

A l'époque, les routes sont en terre compactée ou revêtues de mauvais pavés. Le guide les décrit et crée des catégories: roulante, ennuyeuse, mauvaise, plate, ondulée, etc. Il comporte aussi, à ses débuts, un chapitre sur «les bons chirurgiens de France», le risque d'accidents étant déjà omniprésent. Il signale également au moyen d'un losange les hôtels possédant une chambre noire pour la photographie, les plaques au collodion exigeant d'être développées rapidement.

Peu à peu, les adresses où l'on peut loger et se restaurer vont devenir la raison d'être du guide. Mais, au début du XXe siècle, l'hôtellerie française est médiocre et l'hygiène lamentable. Le guide instaure un contrôle de la profession hôtelière et introduit en 1908 cinq catégories d'hôtels.

Après la Première Guerre mondiale, l'automobile se démocratise rapidement. Le guide devient payant dès 1920. Dans ces années-là, il milite contre les surtaxes qui frappent les automobilistes. Le développement du réseau routier convainc Michelin de l'équiper de panneaux indicateurs précis. La firme est donc à l'origine de la signalisation routière. Dans les années 30, le guide prend un virage résolument gastronomique. Si l'étoile de la bonne table est créée en 1926, les premiers trois-étoiles font leur apparition en 1931. Les inspecteurs commencent à sillonner la France gastronomique en 1933. La Carte des bons vins sort en 1937. Le guide s'oriente alors de plus en plus vers le tourisme: carte des plages, stations thermales et d'altitude, sports d'hiver, etc.

Toujours dans les années 30 apparaissent les Guides régionaux, qui deviendront plus tard les Guides Verts.

La Seconde Guerre mondiale interrompt la parution du Guide Michelin, qui reprend en 1945. Le conflit n'a pas épargné la gastronomie: les tables étoilées ont disparu, faute de cuisiniers et à cause du rationnement des denrées. Elles ne tarderont pas à revenir. Le guide accompagne le boom touristique et automobile qui suit la Seconde Guerre mondiale et sait rester indispensable. Au fur et à mesure de la modernisation des hôtels, de nouveaux symboles sont créés pour évaluer les équipements. Les taxes et les prix ne cessant d'augmenter, Michelin commence à signaler les adresses où le voyageur peut prendre des «repas soignés à prix modérés», lesquelles seront indiquées à partir de 1970 par le Bib Gourmand.

Dans les années 60, 70, 80 et 90, Michelin étend ses activités à l'Europe. En intégrant les nouvelles technologies à son offre, il s'adapte à un style de vie de plus en plus mobile et nomade. Enfin, au début du XXIe siècle, la firme part à la conquête de l'Asie.

En 2004, un scandale éclabousse Michelin et ternit sa réputation. Un ancien inspecteur affirme dans un livre que seuls cinq inspecteurs sillonnent la France, et non pas 100 comme le prétend la vénérable institution, qui dément aussitôt. L'inspecteur déchu explique aussi que certains grands chefs sont intouchables. La bible des gastronomes perd quelque peu de son crédit. Néanmoins, ses étoiles, toujours très convoitées, restent une référence dans le monde de la gastronomie.