votations fédérales

L’échec du GSsA renforce Ueli Maurer

Le net rejet de l’initiative contre le service obligatoire rend optimiste le ministre de la Défense pour le Gripen. Mais des chantiers devront être engagés: améliorer l’égalité devant l’obligation de servir et la compatibilité entre les obligations professionnelles et militaires

L’échec du GSsA renforce Ueli Maurer

Armée Le net rejet de l’initiative contre le service obligatoire rend optimiste le ministre de la Défense pour le Gripen

Des chantiers devront être engagés: améliorer l’égalité devant l’obligation de servir et la compatibilité entre les obligations professionnelles et militaires

La participation aux votations fédérales dépasse légèrement les 46%

Un rejet à quatre contre un! 73,2% de non contre 26,8% de oui. De l’aveu même de Josef Lang, fondateur du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), le refus du peuple et des cantons de l’initiative «Oui à l’abrogation de l’obligation de servir» est un grave échec.

On est loin des 35,6% de 1986 avec l’initiative pour la suppression de l’armée. Aucun canton pour soutenir le projet de milice volontaire, alors qu’en 1989 Genève et le Jura penchaient pour la suppression de l’armée.

Pour le GSsA, c’est l’un de ses moins bons résultats, loin des 43,7% de soutien à l’initiative visant à reléguer les fusils dans les arsenaux.

Le président de la Confédération Ueli Maurer, visiblement surpris par l’ampleur de la défaite de l’initiative, se félicite de ce vote considéré comme un très fort soutien à l’armée. «Difficile, en raison des divergences d’opinions et de la confusion chez les initiants, de distinguer entre le soutien au système de milice ou à l’institution militaire, c’est un oui à la sécurité et donc à l’armée», a résumé le ministre de la Défense. Même si le PS, dans une première réaction, estime que le «oui au service militaire obligatoire ne doit pas être confondu avec un oui à l’ensemble de la structure militaire, qui nécessite encore des réformes».

Mais Ueli Maurer maintient: il voit dans son succès de dimanche l’expression d’un très fort besoin de sécurité et la reconnaissance que cela mérite des efforts et qu’il pourra encore investir dans ce domaine. Mais surtout, alors que le parlement vient d’adopter le programme d’acquisition des 22 avions de chasse Gripen, ce vote justifie pour lui un certain optimisme en vue d’une votation sur cet achat de 3,126 milliards l’an prochain.

Il est vraisemblable qu’Ueli Maurer fasse campagne sur le thème de «dire non au Gripen c’est dire non à l’armée», comme son prédécesseur Kaspar Villiger en 1993 avec le F/A-18. Le chef du DDPS a bien indiqué que le besoin de sécurité des Suisses, exprimé dimanche, allait se concrétiser dans l’achat de l’appareil suédois.

C’est comme prévu en Suisse romande que l’initiative du GSsA recueille le meilleur score. A Genève (42,1% de oui) et dans le Jura (41,4%). Dans ce dernier, il y a même un district, celui des Franches-Montagnes, qui se distingue en acceptant de justesse (51%) l’abolition de la conscription. Parmi les «bons» scores du GSsA, on trouve aussi Bâle-Ville (39,1%), puis Neuchâtel (37,6%) et Vaud (34%).

C’est dans les cantons où le taux d’aptitude au service militaire est le plus bas – 49% dans le Jura, 50% à Genève – que l’acceptation de l’initiative est la plus élevée. Et inversement dans les cantons où le plus fort pourcentage de jeunes est déclaré apte (Appenzell, Nidwald, Glaris, Lucerne) qu’elle est le plus fortement repoussée. Les plus forts scores pour le non se retrouvent dans le canton d’Uri (85%), à Nidwald (84,2%) ou en Appenzell (84,2).

Malgré le très net rejet du projet du GSsA, Ueli Maurer a promis que le couvercle des réformes n’allait pas se refermer; deux groupes de travail vont désormais pouvoir se mettre à une refonte de la protection civile et des conditions du service obligatoire.

L’initiative se retourne en quelque sorte contre ses auteurs. Elle voulait remplacer la conscription obligatoire par une armée de volontaires et un service civil facultatif ouvert aux femmes. Au final, c’est le ministre de la Défense Ueli Maurer qui sort en excellente position pour ses projets de réorganisation de l’armée et même pour l’augmentation de son budget de 4,7 à 5 milliards. Dans un communiqué, l’UDC estime que ce «oui à la sécurité – oui à la liberté» induit qu’à l’avenir «le Conseil fédéral devra mettre à disposition de l’armée au moins les ressources financières et personnelles que vient d’approuver le parlement».

Sans déserter totalement la campagne, le GSsA, affaibli, sera donc contraint de laisser le devant de la scène aux Verts, socialistes et Vert’libéraux dans la campagne sur l’acquisition du Gripen

La campagne du GSsA avait mal démarré, avec un comité hétéroclite de pacifistes, féministes, mouvement masculin, civilistes, aux objectifs parfois contradictoires entre abolition de l’armée et réduction des effectifs de la milice. Les opposants n’ont pas manqué de relever que le seul nom des initiateurs, «Groupe pour une Suisse sans armée», trahissait en réalité les véritables objectifs.

Du côté des supporters, on tente donc de minimiser l’impact du vote de dimanche. Le PS, dont le soutien a été des plus mesurés, parle de ainsi de «rejet regrettable»,

C’est dans les cantons où le taux d’aptitude au service est le plus bas que l’initiative fait son meilleur score

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