Les 75 ans du pionnier horloger H. Wilsdorf, en 1956

La légende de la naissance de Rolex

« Il était une fois un orphelin qui grandissait et étudiait dans un internat. Sur le même banc d’école était assis un jeune Suisse romand de La Chaux-de-Fonds. Celui-ci dit un jour à l’orphelin: «Wilsdorf, quand tu auras derrière toi ton fatras d’école, viens chez nous! Nous exportons des montres dans la moitié du monde. Tu verras, cela te plaira!»

Ce fut ainsi que H. Wilsdorf fit ses débuts à La Chaux-de-Fonds. Comme benjamin de la firme, sa tâche principale était de remonter chaque jour mille montres et d’en contrôler la marche. Ainsi le monde de l’horlogerie lui fut graduellement révélé, et ce monde de la montre, l’ampleur des affaires s’y rapportant lui plurent à tel point qu’il se dit: «Voici ma vocation et mon avenir, je veux rester dans l’industrie horlogère et y faire ma carrière.»

C’était en l’an 1900, alors qu’il avait 19 ans.

En 1905, afin de mieux servir la montre suisse, le jeune Wilsdorf partit pour Londres. Son capital se composait alors de son petit héritage, de son poste d’agent général de la Fabrique Aegler à Bienne, et d’une extraordinaire capacité de travail. Bientôt, le jeune homme put transmettre un tel nombre de commandes à Bienne que la fabrique Aegler ne travailla plus que pour lui. (Cette fabrique était à cette époque la seule qui ait voulu risquer de se spécialiser dans la fabrication exclusive de petits mouvements avec échappement à ancre). Voulant distinguer ses montres de toutes les autres, Wilsdorf créa le nom Rolex et en 1908 déposa légalement cette marque en Suisse et ailleurs. Il y a cinquante ans, ce nom n’était qu’un mot bien trouvé, sonnant agréablement à l’oreille; aujourd’hui, il est connu dans le monde entier comme le symbole des plus grandes réalisations horlogères. Comment cela se fit-il?

Wilsdorf se rendit compte bien vite que cette industrie horlogère – celle de la montre de poche, qui presque toujours se transmettait de père en fils et en petit-fils, et celle de la montre de dame, à châtelaine, avait des chances de développement limitées.

Il se posa cette question: «Qu’en serait-il si partout l’on portait la montre au poignet?» Evidemment, les montres-bracelets devraient fonctionner aussi bien que les montres de poche.

Aussi, en février 1912, envoya-t-il à Bienne une lettre que l’on peut qualifier aujourd’hui d’historique et qui marque un tournant dans l’évolution de l’industrie horlogère. Dans cette lettre, il demanda à la manufacture Aegler de lui fabriquer six chronomètres qui puissent être portés au poignet. A cette époque, c’était presque demander la lune, mais la fabrique de Bienne ne se laissa pas rebuter, et 29 mois après, le 15 juillet 1914, le fameux observatoire de Kew (Angleterre), spécialisé dans les épreuves de chronomètres de marine, délivrait un certificat de classe «A» à l’une de ces six montres-bracelets! Après quarante-cinq jours d’épreuve, la petite montre en question avait remporté la même attestation de haute précision que les grands chronomètres de marine…

Le fait qu’une petite Rolex de 25 mm de diamètre ait remporté un bulletin d’observatoire de classe «A» à Kew fit sensation dans l’industrie horlogère suisse et ouvrit à celle-ci de nouvelles possibilités et de nouvelles perspectives. Les quatre cinquièmes de toutes les montres produites aujourd’hui par nos fabricants sont des montres-bracelets ou des mouvements pour montres-bracelest et le premier chronomètre-bracelet du monde fut une création Rolex. […»

«Après quarante-cinq jours d’épreuve, la petite Rolex avait remporté la même attestation de haute précision que les grands chronomètres de marine…»