Benjamin Grosvenor est ce jeune pianiste britannique qui s'impose parmi les plus prometteurs de sa génération. Sous contrat chez Decca, il a déjà signé trois disques, qui permettent d'apprécier sa fine palette de couleurs et un toucher jamais percussif.

A 22 ans, il professe son admiration pour ses aînés du début du siècle dernier. Il cite Josef Hofmann, Moriz Rosenthal, Benno Moiseiwitsch, Schura Cherkassky, Horowitz ou Rachmaninov parmi ses idoles (tous des pianistes disparus!). Lui-même se réclame de cette tradition aujourd'hui perdue. «Quand vous entendez Cortot, vous pouvez dire que c'est Cortot. Tous ces artistes de l'ancienne génération semblaient avoir leur propre voix au piano. Ils avaient un son très distinctif que l'on peut entendre en dépit des conditions d'enregistrement précaires.» Et d'insister sur le phrasé très vocal de ses modèles.

La sobriété de Benjamin Grosvenor comblera ceux qui trouvent que Daniil Trifonov en fait trop. Le pianiste britannique se montre étonnamment sobre au clavier, gardant les yeux rivés sur les touches (un peu comme Nelson Freire). Sa virtuosité n'est absolument pas voyante, et il est capable de tirer ses sonorités mi-cristallines, mi-ouatées de l'instrument.

Pour son récital à Genève, il a choisi la Gavotte en la mineur avec ses six doubles de Rameau, qu'il interprète non pas en cherchant à imiter le clavecin, mais en colorant les voix. Il enchaîne avec la Chaconne pour piano de Busoni d'après la fameuse Chaconne de la Partita en ré mineur pour violon seul, BWV 1004,de Bach, et le Prélude, Choral et Fugue de Franck. Un bouquet de pièces de Chopin, dont la merveilleuse Barcarolle, et trois extraits des magnifiques Goyescas de Granados complètent le menu de ce concert composé à l'ancienne.

Genève. Victoria Hall, rue du Général-Dufour 14. Ma 24 mars à 20h. (Loc. Service culturel Migros Genève 022 319 61 11 – Billetterie online: www.grandsinterpretes.ch).