Après la réussite exceptionnelle de son troisième opus LŒil invisible (La Mirada invisibile, 2010) et sa dictature argentine vue depuis un internat, il y avait beaucoup à attendre de Diego Lerman. Révélé à Cannes l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs, Refugiado apparaît à la fois une confirmation et un retour en arrière. Formellement splendide, ce film en revient en effet au minimalisme narratif qui a fait la réputation du nouveau cinéma argentin dans les années 2000.

Ses protagonistes sont Mathias, un garçon de 7 ans, et sa mère, qui quittent précipitamment leur domicile dans un grand immeuble de Buenos Aires pour échapper à l'emprise du père violent de Mathias. Fugitifs, ils mènent une course contre la montre en quête d'un refuge. Car le père, qui ne l'entend pas de cette oreille, n'a de cesse de les retrouver…

La force singulière de ce drame de la violence conjugale provient de son regard à hauteur d'enfant et d'un «monstre» d'autant plus inquiétant qu'il reste quasiment absent de l'image. La fuite, qui mène mère et fils d'un abri social à un hôtel de passe via un retour hasardeux à l'appartement, en devient étrangement belle et angoissante. Quant à l'échappée finale vers une sorte de bayou où vit la grand-mère, elle éclaire la référence probable de Diego Lerman: La Nuit du chasseur. Sauf que ce minimalisme étiré en longueur ne saurait avoir l'intensité poétique du génial hommage au cinéma muet de Charles Laughton.