Après Le Petit Prince de Michaël Levinas, l'Opéra de Lausanne affiche une autre création: Solaris de Daï Fujikura. Créé au début du mois de mars au Théâtre des Champs-Elysées de Paris, cet opéra est adapté du roman de science-fiction de Stanislas Lem, porté superbement au grand écran par Andreï Tarkovski, puis par Steven Soderbergh. Le chorégraphe et scénographe Saburo Teshigawara participe grandement au spectacle, car il a rédigé le livret et signe les décors, la mise en scène et la chorégraphie.

Le roman imagine l'existence de Solaris, une planète dont la surface est entièrement recouverte par un océan, une immensité qui possède une forme avancée d'intelligence extraterrestre. «Le livret de Saburo Teshigawara est une épure du roman, comme l'explique le musicologue Bastien Gallet. Il fait disparaître l'un des personnages (le professeur Sartorius) et ne garde que les scènes principales. Tout y est resserré, intensifié, radicalisé. Il conserve néanmoins la structure chronologique du récit. Les trois premiers jours que passe Kelvin à bord de la station occupent l'essentiel de l'opéra comme du roman. Mais les presque trois cents pages de ce dernier ne sont plus que vingt dans le livret.»

Compositeur né en 1977 à Osaka, formé en Angleterre, Daï Fujikura connaît une belle ascension sur la scène internationale. L'OSR a joué Rare Gravity l'an dernier à Tokyo, puis à Genève. Intégrant des images en 3D et des parties électroniques, ce nouvel opéra dirigé par Erik Nielsen à la tête de l'Ensemble intercontemporain convie des danseurs comme Nicolas Le Riche et Saburo Teshigawara en personne. «J'ai d'abord compris que tous les éléments de la scène devaient être abstraits, indéfinissables, incompréhensibles, énigmatiques, explique le chorégraphe. [...] Il y a, dans le thème de ce livre, quelque chose qui ne peut pas être atteint simplement en combinant des sujets, des idées concrètes. [...] L'idée que l'énergie introspective crée un espace cosmique, c'est ce qui m'a permis de créer chaque élément de l'œuvre.»