L’éolien fait un bond en avant à Neuchâtel

Crêtes du Jura A deux contre un, les Neuchâtelois soutiennent un projet de cinq parcs et 59 machines

Le concept pourrait faire école ailleurs

L’ampleur du résultat a surpris jusqu’au porteur du projet, le ministre UDC du Développement territorial et de l’environnement, Yvan Perrin, qui s’attendait à «un petit oui». Les Neuchâtelois ont validé dans les urnes, à plus de deux contre un, le concept éolien consensuel échafaudé par l’ancien ministre Claude Nicati et un Grand Conseil qui avait pour l’occasion laissé de côté ses brouilles régionales et politiciennes.

A 65%, les votants soutiennent la création de cinq parcs susceptibles d’héberger 59 éoliennes. Seuls 30,6% s’y opposent, et il y a un résidu de 4,2% de bulletins blancs que la Chancellerie neuchâteloise intègre dans son décompte. La participation a atteint un modeste 47,4%.

Le vote est uniforme: les 37 communes acceptent le programme, dans une proportion qui va en général de 60 à 70%. Même la ville de La Chaux-de-Fonds, d’où était partie la fronde, soutient le concept à 60,8%. Les communes les plus concernées se rangent parmi les partisans de l’éolien, à l’instar de Val-de-Ruz à 66% et de Val-de-Travers à 57%. Neuchâtel a évité une nouvelle césure entre le Haut, qui devra composer avec les éoliennes, et le Bas.

Pour le conseiller d’Etat Yvan Perrin, il s’agit d’un «vote de raison. Parler d’enthousiasme serait excessif. Mais les Neuchâtelois qui, comme bien d’autres en Suisse, veulent sortir du nucléaire ont décidé d’assumer et de sortir du nucléaire pour entrer dans autre chose. Ils ont choisi le moindre des deux maux, entre le nucléaire et l’éolien.»

Le gouvernement peut se targuer d’un nouveau succès devant le peuple, dans la foulée de l’adoption, le 24 novembre dernier, des options stratégiques d’Hôpital neuchâtelois et de l’externalisation du 144. Et d’un vote uniforme, favorable à une cohésion cantonale souvent mise à mal. Ceux qui craignaient que la majorité du Littoral impose le concept éolien aux populations des Vallées et du Haut peuvent être rassurés.

En plus du concept cantonal, les Neuchâtelois avaient à se prononcer sur l’initiative populaire intitulée «Avenir des crêtes: au peuple de décider». Elle exigeait que, pour chaque projet éolien, le peuple soit consulté. Elle entendait surtout torpiller toute velléité d’ériger des éoliennes sur les crêtes jurassiennes, protégées par un décret massivement voté par le peuple en 1966, qui interdit toute construction et industrialisation. L’initiative a été nettement rejetée, à 60,8%. Seule la petite commune des Planchettes, voisine de La Chaux-de-Fonds, l’a acceptée (54 voix contre 49). «Nous voulions que le peuple se prononce, il l’a fait. Nous voulions que le débat ait lieu, il s’est tenu», commente Félix Gueissaz, président du comité d’initiative. Il estime que le décret de 1966 est «totalement remis en question, puisqu’on est désormais disposé à industrialiser 35 des 55 kilomètres de crêtes. On n’est plus dans la protection, mais dans la destruction.» Le canton fournit d’autres chiffres: les sites à éoliennes ne représentent que 4,6% du territoire cantonal, et deux des cinq parcs sont en bonne partie hors zone protégée des crêtes, «qui reste intouchée à 95%».

«L’angoisse énergétique a primé la valeur du paysage», déplore Félix Gueissaz. Yvan Perrin ne fait pas la même lecture. «Le décret n’est pas remis en cause, il est adapté. La population a accepté qu’on ait de l’éolien, mais dans des zones concentrées, et pas ailleurs. Il s’agit toujours de protéger nos crêtes.»

Favorable à l’énergie éolienne selon un concept cadré, Neuchâtel ne verra pas pour autant pousser dès demain les 59 machines prévues dans le projet des autorités. «Les promoteurs de projets pourront avancer, mais ils devront suivre le processus normal d’une demande de permis de construire, explique Yvan Perrin. Je ne sais pas quand la première éolienne tournera, je ne prends pas le risque de donner un calendrier.»

Félix Gueissaz relève qu’«on est resté dans la théorie. Nous n’avons pas de culture éolienne à Neuchâtel, puisqu’il n’y en a pas. Mais ces machines vont diviser un jour ou l’autre. Car les Neuchâtelois ont voté en ignorant leurs côtés néfastes. On ne peut pas en vouloir aux Neuchâtelois de ne pas savoir qu’un kWh éolien coûte 25 centimes, alors qu’un kWh électrique s’achète 5 centimes sur le marché. Peut-être auraient-ils dû aller passer quelques jours au Noirmont, aux Franches-Montagnes, pour comprendre les nuisances des éoliennes.» Son comité d’initiative ne fera pas opposition aux projets spécifiques. «Nous n’avons plus la capacité d’agir. Les éventuelles oppositions pourront venir de privés et de voisins. Ceux qui le voudront pourront prendre conseil chez nous.»

Fier de l’avoir emporté, même s’il reconnaît que «tout était ficelé avant mon élection au Conseil d’Etat», avouant «des scrupules à [s’]’attribuer le succès», Yvan Perrin estime que Neuchâtel «apporte sa pierre à l’édifice de la sortie du nucléaire. Notre manière de procéder est susceptible d’inspirer d’autres cantons.»

«Nous voulions que le peuple se prononce, il l’a fait. Nous voulions que le débat ait lieu, il s’est tenu»