Les escrimeurs suisses ont vécu un 1er août de cauchemar à Londres. Fabian Kauter, numéro 2 mondial, et Max Heinzer, no 5, sont tous deux tombés dès les 8es de finale du concours olympique à l’épée.

«Le scénario du pire est arrivé!», a soufflé Kauter. Le Bernois, exempté du 1er tour, s’est incliné dès son entrée en lice face au Français Yannick Borel, tête de série no 18 (15-11). Constamment mené au score, Kauter n’a jamais pu trouver la parade. «Tout ce qu’il était possible de faire faux aujourd’hui, je l’ai fait faux», a-t-il dit: aucune touche à la main, très peu de parades... «J’étais comme un gamin sur la piste.»

La potion est tout aussi amère pour Max Heinzer. Le Schwytzois était arrivé gonflé à bloc après une victoire en Coupe du monde à Berne. A Londres, il a commencé par étriller son premier adversaire, le Chilien Paris Budinich Inostroza (15-2 en 16es de finale, score très rare en escrime). Heinzer a-t-il eu petit excès de confiance? Il ne le pense pas. Toujours est-il qu’au tour suivant, il a été surpris par le Vénézuélien Ruben Limardo Gascon (15-11), no 13 mondial et ex-champion du monde juniors. Il rentre lui aussi prématurément à la maison.

Rude concurrence

«Je ne resterai pas au village olympique. Sans médaille, Swiss Olympic nous demande de rentrer dans les deux à trois jours après la compétition», a précisé le Schwytzois, très marqué. Auparavant, il était resté assez longuement accroupi sur la piste juste après sa défaite, la tête basse, cherchant à comprendre ce qui lui était arrivé. En guise d’explication, il a évoqué la densité de l’épée masculine, avec un tableau où figurait une quinzaine de candidats aux médailles. Le numéro 1 mondial, l’Estonien Nikolai Novosjolov, a du reste lui aussi été éliminé d’entrée.

Ce sport lui aussi se globalise. Ruben Limardo Gascon vit et s’entraîne en Pologne, et de nombreux escrimeurs de tous horizons vont se préparer à Paris dans la structure privée du maître d’armes Daniel Levavasseur. Cette émulation tous azimuts débouche sur une hiérarchie très fluctuante, où même les meilleurs - Heinzer et Kauter avaient décroché à eux deux cinq médailles individuelles et par équipes aux trois derniers championnats, d’Europe et du monde - ne sont plus sûrs de rien.

«Trop triste»

En voyant les choses sous cet angle, le chef du sport d’élite à la Fédération suisse, l’ancien champion Gabriel Nigon, refusait de parler de coup dur: «Cela en aurait été un si aucun de nos escrimeurs ne s’était présenté aux Jeux en ayant le potentiel pour une médaille. Mais nous avions nos chances. Ce sport est très aléatoire. Par exemple, je ne parierais pas mon salaire que je gagnerais 15-0 contre vous, alors que vous n’avez touché une épée», lance l’ancien tireur d’élite au journaliste.

Selon Nigon, il n’existe qu’une vérité en escrime: parvenir à être celui qui a l’initiative, qui dicte les opérations et impose son jeu, qu’il soit défensif ou offensif. Mercredi, ni Kauter ni Heinzer n’ont su le faire. Et aucun des deux n’avait vraiment d’excuses à faire valoir, ce qui ne fait qu’accentuer leur désarroi: «Je n’ai pas envie d’analyser ce duel avec mon entraîneur (Angelo Mazzoni), c’est trop triste», a dit Kauter.

Le Bernois est employé à 60 % par une banque, tandis que Heinzer s’entraîne en professionnel, depuis deux ans. Un investissement bien mal récompensé.