Les temps deviennent durs pour les fumeurs romands. Après les Genevois en février dernier, les Fribourgeois, les Vaudois et les Valaisans ont à leur tour plébiscité dimanche l'interdiction de la cigarette dans les établissements publics. En revanche, contrairement aux restaurateurs du bout du lac Léman, leurs coreligionnaires des trois cantons cités ci-dessus pourront installer, s'ils en ont les moyens, des fumoirs bien aérés et sans service.

Votes sans appel

Les différents votes ont été sans appel. Pour mémoire, les citoyens des cantons de Vaud et de Fribourg se prononçaient sur la même initiative que celle soumise aux Genevois. Par contre, leurs gouvernements respectifs avaient élaboré un contre-projet autorisant de mettre à la disposition des fumeurs un local séparé, fermé, ventilé et sans service. Une disposition figurant également dans la loi sur la santé valaisanne, qui était combattue par référendum.

Dans le canton de Vaud, l'initiative récolte 133223 suffrages (68,21%), contre 135589 (69,42%) au contre-projet, qui a la préférence des citoyens dans la question subsidiaire destinée à trancher. Participation: 51,17%. A Fribourg, l'initiative obtient 44844 voix (54,91%), contre 50852 (63,29%) au contre-projet. Ce dernier est choisi à 52,44% des votants, la participation s'élevant à 47,66%. Enfin, la loi valaisanne recueille 82046 voix, contre 26280. La participation atteint 57,25%.

«Je suis extrêmement contente de ce résultat. Les Fribourgeois ont préféré une solution claire, mais modérée. Nous souhaitions protéger la santé du public, sans toutefois faire la chasse aux fumeurs», souligne la conseillère d'Etat Anne-Claude Demierre (PS), en charge de la Santé et des affaires sociales. Interrogé par l'ATS, son homologue vaudois Pierre-Yves Maillard ajoute qu'«il est rare de voir les mentalités évoluer aussi vite sur ce sujet.» Il n'a pas tort. L'an dernier, le Conseil d'Etat et le Grand Conseil fribourgeois s'étaient opposés à une motion demandant exactement la même chose que le contre-projet qu'ils proposaient hier au peuple d'approuver...

Interdit dès juillet 2009

Selon Michel Chapalay, fer de lance des initiants à Fribourg, c'est le vote de Genève qui a bouleversé la donne. «Le Conseil d'Etat a alors eu un moment de panique. Il s'est rendu compte que sa position n'était plus tenable», relève-t-il, déçu tout de même de cette «demi-victoire». A tel point que, pendant le dépouillement du scrutin, l'homme donnera des sueurs froides à la Chancellerie, menaçant de faire recours contre le vote en raison de la politique de «désinformation» appliquée par le gouvernement dans la brochure explicative. Il renoncera finalement à son dessein, après avoir constaté que le contre-projet l'emportait également dans le canton de Vaud.

Le résultat issu des urnes fribourgeoises et vaudoises, dans une moindre mesure, est moins net qu'à Genève, mais cela s'explique probablement par le fait que le souverain devait se prononcer à la fois sur l'initiative et le contre-projet, ce qui a pu éparpiller des voix. En Valais, comme à Fribourg, les citoyens germanophones ont soutenu plus timidement ces textes contre la fumée passive que les francophones.

Exceptés les libéraux vaudois et l'UDC valaisanne, aucun parti cantonal ne s'est prononcé contre le bannissement de la cigarette dans les lieux publics. Dans les cantons de Vaud et de Fribourg, la gauche militait pour un double oui (initiative et contre-projet). Les trois protagonistes romands rejoignent une liste d'une dizaine de cantons qui ont pris des mesures contre la fumée passive, allant, pour la plupart, plus loin que la législation fédérale. L'interdiction de fumer dans les établissements publics vaudois, fribourgeois et valaisan, devrait devenir effective le 1er juillet 2009.