Pour Hans Martens, directeur de l'European policy centre à Bruxelles (http://www.epc.eu), les 15 pays de la zone euro peuvent former l'avant-garde de l'UE.

Le Temps: Est-ce la fin définitive des divergences européennes?

Hans Martens: Mais les Européens ont depuis le début affiché leur volonté de coopérer! Leurs divergences venaient du fait que l'idée initiale d'un plan commun de sauvetage était irréaliste. Pouvait-on croire que l'Allemagne allait accepter de lâcher plusieurs centaines de milliards d'euros pour sauver les banques grecques, irlandaises, etc.? Il a fallu que le krach s'aggrave pour que la solution se dégage. Jusqu'à l'adoption par l'Eurogroupe de la formule de sauvetages nationaux proposée par le Royaume-Uni, dont l'élément central est selon moi la garantie étatique des prêts interbancaires. L'Union européenne a dû réagir en direct. Elle l'a fait.

- A qui attribuez-vous cette victoire?

- D'abord à l'euro. Imaginez ce qu'aurait provoqué un pareil choc financier sur les monnaies nationales. La spéculation aurait été encore plus intense, entraînant une spirale de dévaluations. La monnaie unique et le Pacte de stabilité et de croissance, on ne le dira jamais assez, ont fait de l'Europe une île de stabilité de monétaire. Le succès retentissant de la Banque centrale européenne est aussi à souligner.

- Bizarre toute de même, cette riposte de l'Eurogroupe inspirée du Royaume-Uni qui n'est est pas membre, non?

- Absolument pas. Face à une crise financière, la City de Londres est incontournable. Les Britanniques, évidemment, vont tenter de tirer la couverture à eux. Gordon Brown a joué très finement, et s'est montré très solidaire. Mais associer le Royaume-Uni tombait sous le sens. Livre sterling ou pas.

- Quels défis attendent l'Eurogroupe?

- Une porte s'est ouverte à Paris. Et s'il la pousse - en réfléchissant à un dispositif anticrise pour faire face aux chocs financiers futurs, ou en poussant pour l'adoption des réformes structurelles dont les économies européennes ont tant besoin - l'Eurogroupe pourra jouer un rôle d'avant-garde au sein des Vingt-Sept. La question de la régulation des banques transfrontalières est déjà posée. Le succès de l'intégration monétaire doit se traduire en termes politiques.

- Nicolas Sarkozy a mené le bal. Angela Merkel semble avoir été plus indécise. Votre jugement?

- La coïncidence de cette fin 2008 est heureuse avec un grand pays, membre de la zone euro, à la tête de l'UE, dirigé par un chef de l'Etat très énergique. Mais n'en déduisez pas que seuls les «grands» peuvent agir en cas de crise: un petit pays comme le Luxembourg aurait fait de même. Angela Merkel a en effet paru plus indécise. Sans doute en raison des responsabilités que confèrent le poids de l'économie allemande et des échéances électorales proches. Mais ce qu'il faut retenir, c'est le résultat. Une fois de plus, l'Europe a progressé dans la crise.