Près de 40 apprentis de La Poste sont en stage en France et en Allemagne, effectuant un séjour linguistique et professionnel. Aux frais du géant jaune. Mais dès cette année, celui-ci pourra bénéficier de la manne européenne pour chaque apprenti à l’étranger. Toutes les entreprises suisses, des multinationales aux PME, peuvent bénéficier de la même opportunité: envoyer leurs apprentis dans un pays européen et recevoir, pour ces quelques semaines de formation, des subsides de la Commission européenne.

Les apprentis voient les portes de l’Europe s’ouvrir à eux. Mais ce ne sont pas les seuls. Depuis le mois de janvier, la Suisse participe à part entière au programme européen «Education et formation tout au long de la vie» (LLP). Des écoliers du préscolaire aux universitaires en passant par des professionnels en manque de qualification, toutes les catégories d’âge et d’éducation peuvent aujourd’hui se former dans un pays de l’Union européenne, en Croatie, en Turquie, en Islande, en Norvège ou au Liechtenstein.

Rien de nouveau, diront certains: les échanges Erasmus sont sollicités depuis longtemps par les étudiants helvétiques. Et les titulaires d’un CFC, notamment, pouvaient déjà effectuer des séjours de mobilité dans l’UE. Certes. Mais pendant les quinze dernières années, la Suisse n’était qu’un partenaire indirect, «silencieux». Sa marge de manœuvre restait limitée. Aucun acteur helvétique ne pouvait initier et coordonner un projet de partenariat par exemple. Et recevoir de l’argent communautaire. Or, dès cette année, la Suisse est membre à part entière du programme.

Elle accède à la totalité du LLP, qui se divise lui-même en quatre sous-programmes: Comenius, destiné aux élèves et aux maîtres d’école, Leonardo da Vinci, pour les personnes dans le domaine de l’enseignement et de la formation professionnels (comme les apprentis), Erasmus, pour les étudiants et professeurs des hautes écoles, Grundtvig, pour les adultes (voir ci-dessous).

Pour chacun de ces programmes, les possibilités sont multiples: mobilité d’étudiants, de stagiaires, d’employés ou de formateurs, partenariat entre établissements scolaires ou échange entre entreprises.

A titre d’exemple, une école professionnelle en Suisse peut nouer un partenariat avec une école similaire en Allemagne. Une chambre de commerce peut organiser un échange d’apprentis entre des entreprises romandes et danoises. Un établissement peut organiser un séminaire qui s’adresse à des participants de toute l’Europe.

Le programme «Education et formation tout au long de la vie» est un mammouth aux possibilités infinies. Le revers de la médaille? Il s’avère être un mammouth bureaucratique. Toucher des subventions est plus compliqué et les procédures sont plus exigeantes qu’avant (quand seule la Suisse finançait ces échanges). Mais «ces procédures visent à assurer la qualité des projets déposés,» précise Florence Balthasar, coordinatrice de projet à la Fondation ch.

La Fondation ch, mandatée par la Confédération, gère toutes les demandes de subventions pour la Suisse. Comment peut-on concrètement soumettre une demande de subventions? Prenons l’exemple d’une entreprise, comme La Poste, qui veut envoyer ses apprentis chez un partenaire européen.

Elle doit d’abord choisir le programme adapté. En l’occurrence: Leonardo da Vinci. Elle remplit sur Internet le formulaire électronique, disponible sur le site www.ch-go.ch . Elle doit y indiquer le nom de son ou ses multiples partenaires, les raisons de cette mobilité, les conditions et une estimation du budget notamment. Elle peut organiser des visites préparatoires, pour rencontrer son partenaire, lesquelles seront également défrayées.

Au total, les subventions couvrent environ 70% des frais effectifs d’un tel projet. «Même moins», estiment certains candidats. Mais ces programmes se veulent avant tout des tremplins, des incitations, notamment pour les entreprises qui rechignent à se séparer quelque temps de leurs apprentis.

D’où vient cette manne européenne? De Suisse. La Confédération verse quelque 50,1 millions d’euros (64,5 millions de francs) pour sa participation au programme européen de 2011 à 2013. Une somme qui sera reversée aux acteurs suisses qui soumettent des projets. Une sorte de jeu à somme nulle, si l’on ne compte pas les coûts de fonctionnement de la Fondation ch et les mesures d’accompagnement.

Le financement suisse a donc bel et bien augmenté (presque doublé) depuis que le pays est membre à part entière. Pour son plus grand bénéfice, précise Gaétan Lagger, conseiller scientifique au Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche (SER). «Nous avons gagné en possibilités – tous les projets nous sont maintenant ouverts – mais aussi en sécurité. Nous ne risquons plus d’être exclus des programmes. La Suisse y gagne également en termes d’influence», ayant acquis un rôle actif au sein de l’espace européen de l’éducation et une voix dans les groupes de travaux communautaires.

Le programme de «formation tout au long de la vie» est un mammouth aux possibilités infinies