Le succès ne sied pas à tout le monde. Avant, Li Na était drôle et enjouée. Souriante. Un brin rebelle. Elle avait amusé les foules médiatiques en janvier 2011, à la veille de sa finale face à Kim Clijsters, en évoquant les ronflements de Jiang Shan, son mari depuis l’âge de 16 ans, et entraîneur par intermittence, qui l’avaient empêchée de dormir avant sa demi-finale.

Son mari, elle l’évinça comme coach quelques mois et défaites plus tard, à la veille du tournoi de Madrid, pour le cantonner au rôle de conjoint et de sparring-partner. Travail et famille ne font pas toujours bon ménage et elle attribuait à cette intrication ses mauvais résultats. «C’était dur, car tu ne sais plus si on s’adresse à ton mari ou à ton entraîneur, sur et en dehors du court. En plus, cela faisait trois ans qu’on passait vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. J’étais fatiguée.» Cette séparation provisoire des genres la propulsa en terre inconnue. Celle d’une victoire à Roland-Garros qui fit d’elle la première Chinoise à remporter un tournoi du Grand Chelem.

Ce succès retentissant, suivi pas plus de 100 millions de ses compatriotes, la porta au pinacle. Pour le meilleur mais surtout le pire. Du jour au lendemain, Li Na a basculé dans une autre dimension. Toutes les plus grandes compagnies du monde se sont mises à saliver sur cette nouvelle icône représentant le plus juteux des marchés. Mercedes, Rolex, Häagen-Dazs, Taikang Life Insurance, les contrats se sont mis à pleuvoir. La cote de cette jeune femme si courtisée se mesure désormais en millions de dollars.

En Asie, sa popularité déjà élevée depuis plusieurs années, a pris l’ascenseur. Ses résultats aussi. Mais dans l’autre sens. Trop de sollicitations commerciales et marketing et une notoriété hystérique la faisant passer pour un ovni auprès de ses compatriotes. «Un jour dans un restaurant, une femme s’est mise à hurler en disant «Mon Dieu, elle mange!». Attendez, je suis normale.» Tout cela a eu raison de ses prestations tennistiques. Sans oublier un nouvel épisode sportivo-matrimonial puisqu’elle a repris son mari comme coach. Le précédent, le Suédois Thomas Hogstedt, est parti avec Maria Sharapova.

De Roland-Garros 2011 à Roland-Garros 2012, Li Na s’est perdue en chemin. Mais elle revient. Quart de finalistes à Indian Wells, Miami, Stuttgart et Madrid, finaliste au tournoi de Rome, elle a débarqué à Paris dans la peau si ce n’est d’une favorite mais d’une sérieuse outsider. Et a vu les projecteurs se braquer sur son statut de tenante du titre. A Paris, mais surtout en Chine. Avec la réalisation d’une première, l’opération «Roland-Garros in Beijing» mise en place conjointement par les Fédérations française et chinoise de tennis. Depuis hier (vendredi), ce dispositif vise à reproduire l’atmosphère du tournoi parisien au cœur du quartier des affaires de Pékin. Lampadaires, bancs publics, court en terre battue et animations. Sans oublier – business oblige – les stands Peugeot, Longines et Lacoste, partenaires historiques des Internationaux de France.

Li Na a toujours eu un fort caractère. Il en faut pour percer dans l’Empire du Milieu même si elle doit à ses parents le choix du tennis. Au journal L’Equipe: «J’ai commencé par jouer au badminton à 6 ans. Mais le coach a dit que je devrais essayer le tennis. Mes parents sont allés voir sur les courts à quoi ressemblait ce sport, qui n’était pas populaire en Chine en 1990, et ils ont dit: «O.K., on change.» Je me suis demandé pourquoi ils ne m’avaient pas consultée, ils ont juste décidé de changer.» L’an dernier, elle n’a pas hésité à crier au scandale le fait que la Fédération chinoise empochait la majorité de ses gains. Avec l’aide de son coach, le Suédois, pas son mari, elle a réussi à faire passer le prélèvement de 60 à 12%.

Li Na était drôle et enjouée. C’était avant. Avant que le succès et les dollars ne lui montent à la tête. Avant que le revers de la médaille et ses résultats en berne ne viennent l’aigrir. Avant que les trop nombreuses sollicitations médiatiques ne la gavent définitivement. «J’ai constaté qu’ils n’écrivaient pas ce que je disais», ronchonne-t-elle. C’est du bout des lèvres qu’elle répond en conférence de presse sur un ton faisant passer chaque question pour une agression. «Quand on gagne un tournoi une année, cela ne veut pas dire qu’il faut le gagner l’année suivante.»

Finaliste au Tournoi de Rome, elle a débarqué à Paris dans la peau d’une sérieuse outsider

«Quand on gagne un tournoi une année, cela ne veut pas dire qu’il faut le gagner l’année suivante»