Le navire européen continue de zigzaguer. Hésitants face à la crise, les gouvernements des Vingt-Sept se sont à nouveau contredits mercredi, alors que l'idée d'un fonds commun de sauvetage des banques ressurgissait sous une forme nouvelle.

Le matin, le premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé des consultations avec d'autres pays sur la mise en place d'un «plan de financement européen», destiné à venir en aide aux établissements en difficulté. Il a été démenti quelques heures plus tard par Nicolas Sarkozy, dont le pays préside l'Union européenne: «Ce n'est pas un plan européen», a indiqué le président français, juste une initiative britannique qu'il juge «adaptée».

L'idée d'un fonds commun, dont la masse impressionnerait les marchés et restaurerait la confiance dans le système bancaire, empoisonne les discussions entre Européens depuis plusieurs jours. Tour à tour, des dirigeants français, néerlandais, italiens puis britanniques en ont parlé. Mais le projet se heurte pour l'instant au veto inflexible de l'Allemagne.

«L'idée était bonne, expliquait hier un ancien ministre allemand influent sur la scène européenne. Mais sans l'accord préalable d'Angela Merkel, c'était cuit! Les Allemands étaient furieux d'être de nouveau mis au pied du mur.» Un diplomate allemand ajoute: «C'est une idée assez répandue en Allemagne que les Allemands économisent et les autres dépensent. Angela Merkel ne veut pas prendre le risque d'aller à contre-courant.»

La situation est donc bloquée. Mais selon une source officielle à Paris, la présidence française de l'UE s'efforce d'avancer «doucement, discrètement», pour tenter de dégager une position commune. Cet «exercice de haute diplomatie» restait, mercredi soir, encore infructueux, malgré l'annonce par Nicolas Sarkozy d'une «réponse globale et coordonnée» de l'Europe «dans les heures qui viennent». «Nous travaillons main dans la main», a assuré le chef de l'Etat, en précisant qu'avec Angela Merkel, «nos montres marquent la même heure».

En l'absence d'instruments concrets au niveau européen, chaque pays y va de son plan de sauvetage national. La Grande-Bretagne a dévoilé le sien mercredi (lire en page 2). L'Italie a décidé en soirée que le Trésor italien entrerait dans le capital des banques en cas de besoin. La France de même pourrait élaborer son propre plan rapidement si la situation l'exige. Son premier ministre, François Fillon, a annoncé hier la mise en place d'une «structure juridique» destinée à prendre le contrôle des banques en difficulté, qui disposera de la «garantie explicite de l'Etat».

Pour François Fillon, ces outils nationaux ont l'avantage de la souplesse: «Quand on doit décider en deux heures, au milieu de la nuit, comment sauver une banque, mieux vaut ne pas avoir à réveiller ses 26 homologues» - une allusion au renflouage, mardi dernier, de la banque franco-belge Dexia.

Mais nombre d'observateurs doutent que ces mesures dispersées, parfois annoncées dans la confusion, suffisent à sauver les banques européennes, trop nombreuses et manquant de fonds propres.

D'autres se montrent prudemment optimistes. «Le pouvoir politique en Europe a eu un énorme temps de retard, mais j'ai l'impression qu'on est en train de le combler», juge l'essayiste Nicolas Baverez, que Nicolas Sarkozy a consulté pour son récent discours de Toulon. Que les politiques semblent dépassés ne l'étonne pas: «Il faut reconnaître qu'aujourd'hui, l'histoire va plus vite que nous.»

Collaboration: Richard Werly, Bruxelles et Yves Petignat, Berlin