En dehors du fil de base, fabriqué et teint à l’extérieur, tout est fait sur place. Les matières principales sont la soie (120 coloris différents), la viscose et le coton. Le fil est livré en écru. Pour la soie, il est acheté à des transformateurs français et italiens qui se fournissent eux-mêmes en Chine. Il est ensuite teint localement, par un teinturier qui est l’un des derniers à posséder le savoir-faire.

Première étape avant le tissage, l’ourdissage: le fil est ourdi, c’est-à-dire enroulé sur des bobines pour former un ensemble de plusieurs centaines de fils parfaitement parallèles entre eux et qui constitueront la «chaîne» (la longueur du ruban). Ce fil est aussi enroulé sur des canettes, qui seront placées dans les navettes pour constituer la trame du ruban (sa largeur).

La chaîne est ensuite installée sur le métier à tisser, reliée à «la mécanique Jacquard» par les lisses: chaque fil de chaîne est passé à la main, un par un, dans cette petite barrette métallique percée d’un trou. Ces mêmes fils sont ensuite passés dans le même ordre à travers le peigne, qui va maintenir les fils de chaîne en place pendant le tissage.

Actionnée à l’aide du carton perforé, la mécanique Jacquard permet de lever ou de baisser chaque fil de chaîne indépendamment de tous les autres. Il s’agit du même principe que pour un orgue de Barbarie. Un trou sur le carton, le fil reste en place. Pas de trou, le fil descend. C’est le langage binaire inventé par le Lyonnais Joseph Marie Charles dit «Jacquard» en 1801, l’ancêtre du langage informatique.

Certains métiers à tisser «Julien Faure» ont été modernisés grâce à l’informatique pour une finesse de détail dans les motifs encore plus grande. Des ordinateurs ont été greffés au sommet des métiers antiques. C’est la même technique Jacquard mais à la place des cartons qui «dictent» le dessin, un ordinateur pilote un boîtier: au lieu des trous du carton, ce sont des guides qui indiquent aux fils de quelle façon se croiser pour produire un motif.

Ce dernier est tissé grâce aux «navettes», qui font des allers et retours à travers la chaîne. Elles passent l’une après l’autre pour constituer le fond et les teintes du motif, en convertissant le dessin en croisement de fils. Cette technique «navette» permet des rubans aux lisières parfaites, et une grande finesse de détails: un mélange de brillance et de relief d’une subtilité unique.