Depuis l’invention de l’horlogerie, le métier est intimement lié au pouvoir et à sa représentation. Les horlogers ont été portés au fil des siècles à donner du temps une représentation sublimée afin de révéler le pouvoir de ceux ayant les moyens de le leur faire mettre en scène. A ce jeu, la manufacture Patek Philippe a su attirer l’attention des puissants en proposant pour le XXe siècle les œuvres parmi les plus représentatives de l’art horloger. De ces défis magistraux sont nés des ­garde-temps fascinants en termes de qualité, de précision et de ­complexité. Mais ces instruments de mesure du temps sont également des jalons dans la grande histoire de l’horlogerie, car ils ­concentrent à eux seuls le meilleur du savoir-faire technique, mais également des traditions empiriques et des coups de main d’artisans. Chaque œuvre réalisée dans les ateliers Patek Philippe a pour projet de concilier le passé, le présent et le futur en réunissant le maximum de fonctions horlogères, ou tout simplement rassembler celles qui donnent du temps la représentation la plus poétique.

Savoir relever les défis

La quête d’excellence de la manufacture a attiré à elle les génies des arts et des lettres et les grands noms de la finance. Poussé par les compétitions auxquelles se livraient les industriels américains comme James Ward Packard et Henry Graves Jr, Patek Philippe a pu mettre tout son talent en œuvre pour répondre au souhait de ces magnats de posséder la montre la plus compliquée du monde. Parmi les ­garde-temps les plus emblématiques de la manufacture genevoise dans ce domaine, on retient généralement la pièce de poche appelée la «Packard». Commandée par James Ward Packard en 1922, cette référence devait être remise à cet industriel fabricant de voitures en 1927. Cette merveille est de la famille des montres astronomiques avec un ciel comprenant 500 étoiles (région de Warren dans l’Ohio), le lever et le coucher du soleil, l’équation du temps et le calendrier avec répétition minutes sur trois timbres. Le banquier Henry Graves Jr commandait, pour sa part, en 1925, une montre totalisant 900 composants pour 24 complications. Elle dispose d’une grande sonnerie à carillon sur quatre timbres et d’un réveil sur un cinquième. Le mécanisme comprend également un chronographe avec fonction rattrapante, un quantième perpétuel, deux compteurs d’heure, le temps sidéral, l’équation du temps, le lever et le coucher de soleil ainsi qu’une carte du ciel visible du domicile de son propriétaire.

Renouveler les plaisirs

En 1989, la maison Patek Philippe entendait fêter avec majesté son 150e anniversaire. Moment fort dans la vie d’une marque, il fallait une montre digne de célébrer le goût de la manufacture pour le travail de haute volée et les belles complications. Le Calibre 89 devait répondre à ces attentes. Il emporte 33 complications et bat ainsi le précédent record détenu par la Packard. Dans cette pièce, on retrouve les grands classiques avec, en sus, un système de blocage des sonneries si les ressorts sont trop détendus, un indicateur de la fête mobile de Pâques, mais également un calendrier perpétuel séculaire capable d’intégrer toutes les subtilités du calendrier grégorien, y compris la variable des siècles aux années bissextiles basés sur la règle des multiples du chiffre 400. Mais cette montre est un record également en matière de chiffres, tous hallucinants. Ainsi, elle est équipée de deux cadrans, huit disques, 24 aiguilles, 61 ponts, 129 rubis, 184 roues, 332 vis, 429 éléments mécaniques, pour la somme totale de 1728 pièces. Et puis, parce que tout est sujet à évoluer, voire même à progresser, les horlogers de la manufacture se sont mis en tête de produire, pour l’an 2000, la Star Caliber 2000: une création comprenant 21 fonctions en plus de l’heure traditionnelle. On trouve un calendrier perpétuel avec toutes les indications astronomiques, y compris une équation du temps marchante et un affichage angulaire de la lune sur fond de ciel étoilé. On notera toutefois que la vraie spécificité de cette référence tient à la présence d’une très rare ­complication de sonnerie Carillon Westminster à cinq timbres, en passant associée à une répétition minutes sur le même nombre de timbres.

Concentrer le plaisir à l’échelle du poignet

De tous les garde-temps de bracelet à complications, la Sky Moon Tourbillon référence 6002 présentée l’an passé compte au nombre des plus compliqués actuellement disponibles. Mais le but de cette pièce n’a jamais été de loger le plus grand nombre de fonctionnalités possible, mais d’en réunir une sélection parmi les plus fascinantes. On trouve ainsi, en plus de l’heure donnée par le calibre manuel régulé par un tourbillon, le quantième perpétuel à guichet et date rétrograde, les phases de lune, le temps sidéral et la voûte céleste avec le mouvement angulaire de la lune, mais aussi la répétition minutes sur deux timbres. Dans la foulée de cette merveille, la manufacture a choisi de proposer une nouvelle référence de 43 mm de diamètre en or rose battant au rythme d’un mécanisme à Grande Complication, éditée spécialement à l’occasion du 175e anniversaire de la manufacture. Présentée sous la référence 5304 R27 PS QR LU, elle se pare d’un calibre mécanique à remontage automatique doté pour la circonstance d’une répétition minutes sur deux timbres, d’un quantième perpétuel avec indication du jour, de la date par aiguille rétrograde, du mois et des phases de lune par aiguille. Magistrale, cette pièce de haute volée à la taille très raisonnable arbore un cadran transparent laissant voir une partie des composants constituant l’ingénieuse mécanique du quantième perpétuel. Et parce que rien n’est jamais trop beau, les disques de quantième ont été travaillés à partir de disques en saphir transparent afin d’offrir le plus de transparence possible à ce majestueux tableau cinétique.