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En 1917, pour «horlogerie», on disait «échantillons»

Deuxième promenade parmi les stands de l’ancêtre de Baselworld, lors de la première édition

«Le succès de la première foire suisse d’échantillons [LT du 23.04.2013] s’affirme et grandit de jour en jour. Malgré le temps déplorable et les circonstances [la guerre de 14-18], qui n’invitent guère aux déplacements, les visiteurs arrivent en grand nombre, et, ce qui importe surtout, beaucoup d’affaires sont traitées. On signale l’arrivée d’un certain nombre de commerçants de l’étranger, tant des pays en guerre que des pays neutres, dont une forte proportion de Hollandais. Les visiteurs de la Suisse romande ne font pas défaut, et l’on entendait beaucoup parler français, ces jours-ci, dans les locaux de la Foire.

Il est permis cependant de regretter que, parmi les stands, la Suisse française n’ait pas tout à fait le rang qu’elle mériterait d’avoir en raison de son développement industriel. Est-ce une certaine méfiance, totalement injustifiée pour l’instant? […] Les maisons romandes, les petites entreprises peu connues tout spécialement, auraient tort de ne pas saisir cette occasion de se créer à peu de frais des débouchés nouveaux. […]

Lorsqu’on veut rendre compte d’une foire qui compte près d’un millier d’exposants, il faut se résigner à bien des omissions et se borner à mentionner les produits nouveaux et les entreprises qui offrent un intérêt général, en s’excusant d’avance de ne pouvoir tout dire.

En entrant dans la grande salle de la Centrale I du Casino, le premier groupe que l’on rencontre est celui de l’horlogerie et de la bijouterie. On y remarque notamment les beaux stands de la fabrique des Longines, des maisons Ulysse Nardin avec ses fameux chronomètres de marine, Paul Ditisheim, avec ses admirables chronomètres, Stolz frères (montres à sonnerie), Schild et Cie avec ses montres et pendulettes hebdomas et octavas. A signaler aussi les ravissantes pendulettes de J. Humbert (Genève) et les montres-bracelets en platine de la Tempor Watch Co. Parmi les horloges, il faut mentionner la fabrique d’horloges électriques système Perret, de Neuchâtel, et la fabrique suisse de pendules en bois d’Angenstein. Un très beau stand est celui de la fabrique de bijouterie et d’émaux de Genève, qui présente une grande variété d’articles d’un cachet artistique remarquable: bonbonnières, étuis à cigarettes, médaillons, etc. Cette maison a su intelligemment tirer parti des circonstances pour lutter contre le monopole exercé avant la guerre par Pforzheim. Il en est de même de la maison Huguenin frères, du Locle, dont les objets en nielle [élément noir résultant de la sulfuration de l’argent et de l’argent doré], les médailles, les fermoirs, etc., témoignent d’un goût très sûr. On s’arrête aussi avec intérêt devant les jolis portraits sur émail de l’atelier Aug.-J. Hébert, de Genève.

L’Ecole d’art de La Chaux-de-Fonds expose un fort bel ensemble de travaux de ses classes de gravure, de guillochis [un ornement composé de lignes, de traits ondés qui s’entrelacent ou se croisent avec symétrie], de bijouterie, de sertissage et de peinture sur émail, dont plusieurs attestent un haut degré de perfection artistique. Mais j’ai été surtout frappé, dans le groupe de la bijouterie, des admirables bijoux de M. H.-L. Jeanmaire (Lausanne), qui a su, en s’inspirant de la flore et de la faune suisses, créer de véritables œuvres d’art, aussi belles qu’originales. […]»

« Certaines maisons ont su intelligemment tirer parti des circonstances pour lutter contre le monopole exercé avant la guerre par Pforzheim »

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