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 Vivienne Westwood et Malcolm McClaren.
© Sunday People

Révolution

1976, année anarchique

Happy birthday punk rock! Cette année, de New York à Londres, une série d’événements, expositions et concerts ont rendu hommage au punk, mouvement créatif subversif qui fête ses 40 ans. Plongée dans un monde de cuir, épingles et rébellion

Le punk est-il né en avril 1976 à New York avec les Ramones ou en novembre de la même année à Londres, avec les Sex Pistols? Peut-être déjà en 1969 avec les Stooges ou en 1973, avec les New York Dolls… Et Surfin’Bird des Trashmen, était-il déjà un manifeste punk? Et que dire de Johnny B. Goode de Chuck Berry? Virus inclassable, indéfinissable, mille fois mort et ressuscité, le punk, son esthétique révolutionnaire et sa culture underground alimentée par le dadaïsme et le postmodernisme, a soufflé 40 bougies cette année.

Des célébrations à New York et Londres

A New York et à Londres, une série d’événements, d’expositions et de concerts rendent hommage à ce grand mouvement créatif qui a eu, et continue d’avoir, une influence extraordinaire sur les arts et qui en est arrivé jusqu’à se hisser sur les rangs des podiums. Perfectos en cuir, accessoires et vêtements piqués aux vestiaires du rock’n’roll se sont mélangés aux T-shirts lacérés, rafistolés avec des épingles à nourrice, à des cadenas portés en sautoir, à des jeans troués. Des codes uniques qui continuent d’être récupérés, déconstruits et réinventés par des créateurs comme Margiela, Slimane, Galliano ou Lagerfeld.

Les Ramones, choc sonore
Pour comprendre son esthétique, il faut remonter au début des années 70, plus spécifiquement au CBGB, temple underground de New York, berceau d’une toute nouvelle scène musicale qui entend contester l’embourgeoisement du rock. Ce sont des années difficiles, la Summer of Love et l’insouciance hippie ne sont qu’un vague souvenir. Abandonnée, la jeunesse se projette dans un «no future» sans perspectives et le mot «récession» est à nouveau prononcé, pour la première fois après la guerre. C’est dans ce contexte de crise et de doutes qu’émergent des voix qui donnent vie à de nouveaux codes sonores, d’abord punk puis new wave, des groupes qui chantent une musique pleine de fougue, de bruit et de fureur: Television, Patti Smith, Talkin’Heads.

Et parmi eux, les Ramones. Sorti le 23 avril 1976, leur premier album qui porte leur nom et ses hymnes punk rock de moins de 2 minutes 30, accompagnés de déflagrations sur trois accords avec textes simplissimes et pétris de sarcasme, fait l’effet d’une bombe. Joey, Johnny, Tommy et Dee Dee jouent vite et fort. Une attitude sauvage. Un choc sonore. Une rupture visuelle, inédite et rebelle. Dépourvu de l’esprit nihiliste et destructif – qui deviendra typique du genre avec le mouvement punk anglo-saxon, lancé par les Sex Pistols et les Clash –, ce quartette de blousons noirs à jeans troués, avec ses baskets et coupes de cheveux au bol a réussi à conjuguer à son son rugueux une esthétique poussant à l’extrême le street style citadin. 


Si leur musique et leur «whatever, man» attitude envahissent les States, du côté de Londres, les choses sont différentes. Les punks britanniques, souvent fils d’ouvriers avec le chômage comme seule perspective, étaient très engagés politiquement, de par le contexte de crise que vivait l’Angleterre à la fin des années 70. Plus prolétaire, moins poétique que le new-yorkais, le mouvement se propage à une vitesse vertigineuse et envahit les garde-robes aussi grâce au numéro 430 de King’s Road.

Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, le couple rock s'il en fut

C’est là que le couple rock formé par le célèbre manager des Sex Pistols, Malcolm McLaren, et l’enfant terrible de la mode Vivienne Westwood, devient une référence dans le monde underground avec sa boutique: ils dessinent et vendent des vêtements inspirés de la vague contestataire, détournent et associent des éléments improbables comme des chaînes de vélo sur des pulls agilement déchirés, des chaînes, clous, épingles à nourrice pour parer les blousons et autres vestes, capsules, colliers de chien portés au cou ou le portrait de la reine d’Angleterre avec une épingle à nourrice en piercing imprimé sur un T-shirt.

Lire aussi: Vivienne Westwood, grande prêtresse du punk

Un look et une attitude qui deviendront le symbole d’une jeunesse rebelle qui lutte, guitare électrique sur la hanche, contre le capitalisme et la consommation de masse, prête à tout pour choquer une société bien-pensante. Les punks mélangent objets, symboles et styles, slogans parfois obscènes, graffitis provocateurs. Ils réinventent, bricolent. Une créativité qui a réussi à s’imposer durablement au fil du temps comme une esthétique reconnue et largement utilisée par de nombreux créateurs.

«2016, année du punk»
Aujourd’hui, quarante ans après la sortie de l’album Anarchy In The UK des Sex Pistols, l’establishment britannique s’apprête, lui aussi, à célébrer l’anniversaire du punk en grande pompe, et pas des rangers: sa Majesté la Reine Elizabeth a déclaré «2016 année du punk», ce qui pour Joe Corré, fondateur de la marque Agent Provocateur et fils de Vivienne Westwood et de Malcolm McLaren, est «la chose la plus effrayante que j’ai jamais entendue […]. Plutôt qu’un mouvement de changement, le punk est devenu une (fucking) pièce de musée.» Une machine à billets, aussi: la Loterie nationale a doté le BFI Museum of London, et la Roundhouse de 99 000 livres sterlings pour fêter dignement l’événement. Virgin Money, la banque créée par l’homme d’affaires Richard Branson, a même sorti une carte de crédit siglée Sex Pistols. Désormais, dans le quartier de Brick Lane, une affiche originale des Pistols ou des Ramones se vend jusqu’à 2000 livres, et des collectors s’arrachent sur www.punkonpapers.com. Les Damned, groupe punk encore plus emblématique que les Pistols eux-mêmes, ont donné un immense concert au Royal Albert Hall pour leurs 40 ans de carrière. Plus institutionnalisé, tu te perces le cœur avec une épingle à nourrice.

Désormais, toute l’imagerie punk est en vente sur des T-shirts de mass-market. Si les puristes, comme son propre fils, sont outrés, McLaren aurait été content: le punk continue de brasser des fortunes. Malcolm McLaren était avant tout un formidable marketeur et un homme d’affaires avisé. Il n’a pas inventé le mouvement punk, mais il a eu le flair de le populariser au bon moment, et l’habileté d’exploiter et de promouvoir le talent des gens qui l’entouraient.


«Punk», en anglais, signifie «vaurien». Pourtant, ça vaut encore beaucoup, beaucoup d’argent. Joe Corré a annoncé qu’il brûlerait le 26 novembre toute sa collection d’archives punk, pour une valeur de plus de 5 millions de livres, dans ce Camden Town devenu marché à touristes. Embourgeoisé et vidé de son sens, le punk? «Les rebelles des années 70-80 sont devenus des yuppies, souvent issus d’une classe aisée, qui voulaient s’amuser sans contraintes et secouer le cadre établi», estime Aureshka, issue d’une famille de rockeurs. «Il n’était pas rare de rencontrer des gens de droite ou élevés dans la middle class «basculer» dans le punk. Ils avaient l’esprit ouvert, et l’ont transmis à leurs enfants. Aujourd’hui, ces respectables quinquas ne sont plus très subversifs, mais ils sont restés
punks dans l’âme. Bien plus que les anarchistes de gauche, qui étaient et sont restés «anti-tout». Les vrais punks, c’étaient des gens curieux, prêts à rompre avec leur milieu, qui voulaient s’amuser et mélanger les classes sociales.»

Pour Donald Potard, qui fut président du groupe Jean Paul Gaultier pendant vingt-cinq ans, ancien président de la Chambre syndicale du prêt-à-porter et fondateur de la société Agent de Luxe, «le punk a pris les gens au dépourvu, surtout les gens de la mode, parce que pour la première fois, un mouvement de fond venait de la rue. Jusqu’au milieu des années 70, c’étaient les oukazes qui dictaient l’élégance. Ce mouvement est venu du bas, comme un tsunami londonien, et a cassé de nombreux codes, dont ceux instaurés par les grands couturiers. Il y a eu beaucoup de rejet, notamment en France. Ce qu’on a oublié aujourd’hui, c’est que tous les niveaux de la société ont adoré et adopté le punk.

A Neuilly, pour faire «punk», on portait des épingles à nourrice avec des diamants. La récupération a été immédiate, on a décliné le mouvement version luxe, on n’était même pas encore dans les années 80!» Quarante ans plus tard, le punk se porte plutôt bien, il s’est simplement transformé. Pour Donald Potard, «il en reste une part en chacun de nous. Quelque chose de rebelle contre l’establishment. Pour moi, le punk ne mourra jamais. On a intégré le fait que la rue a quelque chose à dire, et qu’elle peut être plus intéressante que les boutiques de mode. «No future», ça voulait dire qu’il n’y a pas d’avenir, mais ça voulait surtout dire, «il faut vivre maintenant».


Festival Punk London, expositions, concerts et conférences. 

«Hey Ho Let’s go: Ramones and the birth of Punk»
Exposition itinérante sur la gènese d’un mythe.
Jusqu’au 28 février 2017,
au Grammy Museum de Los Angeles.

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