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3 bonnes raisons de s’emballer pour la vente en vrac

L’ouverture de trois épiceries de vente en vrac provoque l’ébullition en Suisse romande. Ces échoppes, attendues, symbolisent une volonté de retour au bon sens

Le retour de la vente en vrac suscite des cris – et des hashtags – d’admiration. Pourtant, nos grands-parents l’ont bien connue, la vente au détail. C’est donc nouveau sans l’être. Entre-temps, il y a eu – et c’est loin d’être terminé – la consommation à outrance, les multipacks, le suremballage. Les aberrations comme les quartiers d’oranges emballés dans des barquettes en plastique épais, elles-mêmes recouvertes d’un film en plastique. Franchement: ça va le bocal?

La Suisse, champion du tri mais cancre pour la production de déchets

En 2012, les déchets traités en Suisse ont atteint les 3,62 millions de tonnes, selon les dernières statistiques de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Si notre pays est champion pour le tri, il est le deuxième d’Europe en termes de production d’ordures. Entre le mouvement Zéro déchet et le besoin toujours plus grand de connaître la traçabilité de nos denrées alimentaires, les magasins de vente en vrac ont naturellement fait leur nid. A Paris, l’enseigne Biocoop a ouvert un supermarché test 100% vrac à l’occasion de la COP21. Résultat: 300 clients par jour, soit quasi deux fois plus qu’espéré, y ont accouru avec leurs bocaux et sacs en coton.

Après l’ouverture de Nature en vrac à Genève en octobre 2015, Chez Mamie Bio vrac est né en mai à Sion. Quant au projet d’épicerie durable La Brouette, il ouvrira en septembre à Lausanne. «Encore un truc de bobos», ronchonnent certains internautes. «Ma grand-mère, qui a acheté au détail toute sa vie, est loin d’être une bobo», répond la présidente des Verts lausannois, Léonore Porchet. «On sort d’une génération qui a eu tellement d’argent qu’elle a pu se permettre de jeter la nourriture. Il y a simplement un retour au bon sens.»

Acheter la juste dose, cesser de remplir sa poubelle (taxée) de conteneurs plastiques après les courses. Ne serait-ce que pour ces deux bonnes raisons-là, les clients qui se sont rendus chez Mamie Bio vrac dès son ouverture ont exprimé leur «soulagement». «Ils étaient heureux d’être là, ils s’étaient préparés avec leurs bocaux comme s’ils avaient toujours acheté de cette manière», raconte son cofondateur, Olivier Richard.

Du côté de Nature en vrac à Genève, le succès est réel, et sa cofondatrice, Marcela Flechas, observe une prise de conscience qui pousse les gens à «sortir de leur confort». La clientèle se fidélise, et les deux fondatrices ont reçu jusqu’à 15 appels par semaine de la part de gens qui voulaient leur demander des conseils pour ouvrir leur propre magasin.

L’importance de la conservation

Bien sûr, tout n’est pas évident. Si farine, céréales, lentilles, café ou thé sont incontournables, il est compliqué de vendre les produits laitiers, pour des raisons d’hygiène. Pierre Nicolas, un des membres de la coopérative La Brouette, souligne la difficulté des techniques de conservation. Et il ne sait pas encore si l’épicerie trouvera moyen de vendre de la viande (bio et locale évidemment) dans des récipients écologiquement adéquats.

Vu la manière dont les consommateurs s’emballent pour le vrac, les grandes surfaces devraient suivre le mouvement… «Pour l’instant, nous sommes pris au piège. Fabricants et vendeurs n’ont presque aucune responsabilité sur l’impact écologique de leurs produits. La charge de vérifier cet impact est sur le dos des consommateurs», explique Léonore Porchet, en mentionnant comme solution l’initiative des Verts «Economie verte», sur laquelle les Suisses se prononceront en septembre.

Des caissières? Non, des machines!

Si les supermarchés s’y mettent, peu de craintes, toutefois, du côté des nouveaux épiciers. «Dans ces commerces, les caissières sont remplacées par des machines, observe Marcela Flechas. Nous, on peut parler des produits, conseiller les clients, on connaît les producteurs. Les gens nous disent qu’ils se sentent bien chez nous.»

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