Portrait

Ashanah Lötscher, la femme qui a apprivoisé ses kilos

Candidate à Miss Ronde Suisse Romande, cette nounou professionnelle a cessé son combat contre les kilos. Depuis 3 ans, elle s’accepte comme elle est

Blonde, les cheveux lisses, les yeux bleus, une silhouette longiligne taille 36/38. Tels étaient, il y a quelques années encore, les critères de la beauté pour Ashanah Lötscher, candidate à Miss ronde Suisse Romande, dont la finale aura lieu le 5 novembre à Yverdon. «Tout ce qui est à l’opposé de moi», constate en riant la jeune femme de 26 ans qui travaille comme nounou. «Avant je me trouvais moche. Vers 23 ans, j’ai réussi à accepter mon corps: mes rondeurs, mes cheveux crépus et ma couleur de peau. Du coup, j’ai commencé à mieux m’habiller, à mieux me coiffer et à mieux me maquiller.» Le déclic? Des cheveux «cramés» en dix ans de lissages et surtout une lutte incessante contre les kilos qui lui pourrissaient la vie.

Mère suisse, père jamaïcain

Pull en maille beige, pantalon noir serré, décontractée et joyeuse, Ashanah raconte son parcours, assise sur le grand canapé gris de la salle de séjour, dans l’appartement qu’elle partage avec son compagnon, à Bienne. Elle n’a pas toujours été grosse, un mot qu’elle n’utilise d’ailleurs jamais.

Née au Canada, elle a grandi à Ottawa jusqu’à l’âge de dix ans. Un père jamaïcain et rastafari, une mère suissesse partie comme fille au pair dans une famille canadienne. Ashanah n’a jamais connu ses parents ensemble. Son père a toujours vécu très librement. Elle connaît d’ailleurs très bien les enfants de sa première et deuxième épouse qu’elle considère comme ses frères et sœurs. «Je suis la 6e. Mon père a toujours favorisé les contacts entre nous, et nos mamans s’entendaient bien. J’ai des liens très forts avec ma sœur aînée.»

Déménagement en Suisse

Alors qu’Ashanah a 10 ans, sa mère, qui est éducatrice de la petite enfance, lui parle régulièrement de partir vivre en Suisse où la fillette va souvent en vacances chez ses grands-parents. Elles finissent par changer de continent. Tout va bien jusqu’à ses 13 ans. L’adolescente commence alors à «se rebeller» et néglige l’école. «Je me demandais: «Pourquoi ma mère est venue vivre en Suisse? C’est une décision égoïste. Pourquoi je n’ai pas une maman comme les copines, qui ne travaille pas, qui est là à midi et quand je rentre de l’école?» Ses enseignants conseillent de la placer dans une institution pendant la semaine. Trois ans durant, elle va connaître la discipline et les devoirs surveillés. «Je pensais que ma mère m’avait envoyée là parce que je l’empêchais de faire sa vie. Plus tard, j’ai compris que ça m’a sauvée. Je n’aurais jamais fait de formation.»

Les kilos s’accumulent

Sa scolarité terminée, elle se lance dans un apprentissage de gestionnaire du commerce de détail. Et part habiter chez son petit copain, un Italien dont la mère cuisine divinement. «J’ai pris 20 kilos en quelques mois. De plus, à midi, je mangeais des barquettes précuites. A l’époque, les leggings étaient à la mode. C’est un piège les leggings…»

Lorsqu’elle se sépare de son amoureux, mal dans son corps et au chômage, elle décide de perdre du poids en faisant du sport tous les jours. Elle réussit, mais à quel prix. «J’ai tout repris en recommençant à travailler dans une crèche, à Rolle, à Morges puis à Lausanne. Je n’avais pas envie de me torturer tous les soirs en faisant du sport et de me battre en permanence contre les kilos. La vie, ce n’est pas ça. De plus, j’ai une bande de copains: on aime bien s’inviter pour partager des repas ou aller manger au restaurant. Ce serait l’horreur de dire: je prends une salade.»

By-pass gastrique pas anodin

Ashanah décide donc d’arrêter de se soucier de son poids qui oscille entre 98 et 110 kilos et sa taille de confection entre 46 et 48. «Mon copain me trouve magnifique. Les problèmes de poids, il connaît. Il a pesé jusqu’à 160 kilos pour 1 m 84. Il a toujours été rond. Il a perdu 80 kilos grâce un by-pass gastrique. Il monte sur la balance deux fois par semaine. S’il prend du poids, j’arrête la pâtisserie. J’aime cuisiner et grignoter et j’adore faire des gâteaux, des cookies, des muffins. Moi, je me pèse rarement. Si je remarque que mes pantalons me serrent trop, je fais attention à ce que je mange.»

Se faire rétrécir l’estomac, n’y a-t-elle jamais songé? «Oui, un temps j’étais très intéressée. Mais mon copain a eu des problèmes de calculs rénaux dûs à son opération et une de mes amies, qui pesait 160 kilos et s'est fait placer un by-pass gastrique, a failli y rester. Elle a dû être opérée une deuxième fois en urgence. Ce fut un immense choc. Risquer de mourir pour des raisons esthétiques, ça n’en vaut pas la peine. J’ai réfléchi à mon poids et à ce qu’est la beauté. On peut être ronde et belle.»

Faire passer le message

C’est en regardant la télévision qu’elle a découvert l’élection de Miss Ronde Suisse Romande en 2013. «Il a fallu trois ans pour que je me lance. Le casting a eu lieu au printemps. Quinze candidates ont été sélectionnées.» Depuis mai, les jeunes femmes ont rendez-vous deux fois par mois pour se préparer. Elles ont notamment suivi des cours de conseils en image et des leçons de danse pour préparer les chorégraphies. Elles se sont également rendues sur les marchés pour se présenter et récolter des fonds.

Quels messages Ashanah aimerait-elle faire passer si elle gagne? «On devrait évoluer au-delà de cette image psychorigide que notre société a de la perfection. J’aimerais également dire que la beauté vient de l’intérieur. Je sais, ça fait super cliché. Mais plus je réfléchis, plus je me dis que c’est vrai.»

www.mrsr.ch


Profil

Juin 1990: naissance à Ottawa

Août 2000: déménagement en Suisse.

Août 2011: fin de son apprentissage

Novembre 2014: mise en ménage avec son compagnon

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