Design

Les terrariums, 
nos petits jardins intérieurs

On peut faire entrer la nature chez soi dans une boîte en verre. L’engouement design pour 
les mini-serres a poussé deux horticulteurs genevois à se lancer dans le paysagisme miniature

Le terrarium, c’est cet 
aquarium scientifique dans lequel s’ébat d’ordinaire une faune reptile. Un vrai truc de geek mais en version animaux à sang froid. C’est aussi depuis peu de temps la marotte des botanistes amateurs, qui recréent dans un mini-espace vitré un morceau de nature choisi. Une manière de cultiver son jardin intérieur en composant un vrai petit paysage coincé dans une bulle de verre.

Dans son trois-pièces genevois sans balcon de Chêne-Bourg, Jean-Daniel bichonne une collection de cinq petites forêts coincées dans leur cage vitrée. «Il faut compter avec le fait que ces objets prennent pas mal de place», explique cet enseignant, horticulteur à ses heures pour qui le terrarium est une pratique qui vaut toutes les séances de méditation. «C’est un passe-temps à la fois minutieux et vivant. Il faut être au calme et consulter pas mal de littérature pour savoir quel type de plante faire pousser et comment. Le terrarium motive une certaine créativité botanique. C’est plus intéressant que de regarder bêtement pousser des cactus dans un pot. Et puis c’est agréable à regarder. Avec un peu d’imagination et de concentration, vous finissez par entrer dans le paysage. En fermant les yeux, je me promène parmi cette verdure que j’ai composée. Vous vous souvenez du film Chéri, j’ai rétréci les gosses? Eh bien, c’est un peu la même chose.»

Ficus bonsaï

Les plantes justement. Peut-on vraiment cultiver n’importe quoi dans ces mini-maisons? Espace certes transparent mais confiné, le terrarium implique la sélection d’une nature capable de s’adapter à ce genre de confort miniature. Comme les succulentes, plantes grasses aux feuilles charnues qui aiment le climat du désert. Ou encore les mousses, les fougères et les membres de la famille des épiphytes, qui poussent en squattant le support (écorce, brique) qui veut bien les accueillir.

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«Il y a deux types de terrariums: celui ouvert pour les espèces résistantes en milieu aride et le fermé pour celles qui poussent dans l’humidité, détaille Denis Lage, horticulteur à Genève et jeune patron (il a 26 ans) avec Ludivine Rouiller de Nature & Co, entreprise qui vient de se lancer dans le commerce de cette nature en format mini. «On obtient de beaux résultats avec les fittonias dont les feuilles offrent une grande variété de couleurs – vert, jaune ou rouge. Ainsi qu’avec le Ficus pumila, qui se développe comme un lierre, et la variété microcarpa, ficus bonsaï à l’esthétique intéressante.» Bref, rien que des espèces dont le système racinaire plutôt chiche peut s’épanouir dans un volume minimum de substrat. Ce qui d’emblée interdit la culture des fleurs.

Sur le principe, cela fonctionne de la même manière que les murs végétalisés. Les plantes s’accrochent à du gravier ou à des billes d’argile qui vont stocker l’eau, le tout recouvert d’une fine couche de terreau. Vu que les serres ne sont pas équipées d’un système de drainage, l’arrosage doit être parcimonieux, voire nul. «Il suffit d’une bonne humidification. Dans un terrarium fermé, l’hémicycle de l’eau emprisonnée suffit à nourrir le végétal. Question entretien, il y a juste une taille à faire de temps en temps.»

Biosphère néogothique

Cela dit, le terrarium n’est pas nécessairement relégué à la décoration de table. «Il n’y a pas vraiment de limites. Nos modèles les plus grands mesurent 30 centimètres de haut», continue l’horticulteur de Nature & Co. Le plus simple pour démarrer consiste encore à détourner un bocal à poisson ou une jarre à bonbons. On peut aussi passer directement aux versions euclidiennes des Anglais de The Urban Botanist avec leurs structures en baguette métallique qui servent de châsse à des carreaux de verre. Ou à celles de Sarah, qui a fait de son hobby une petite affaire (The Glass Gardener) en concevant des serres dodécaèdres à la marge entre l’objet de cabinet de curiosité, la biosphère néogothique et la sculpture contemporaine.

Manière de dire aussi que les designers commencent à s’intéresser à ces compositions organiques qui poussent presque toutes seules. A la Design Week de Stockholm en janvier, le collectif Atelier 2 + (Worapong Manupipatpong et Ada Chirakranont) présentait Greenhouse, petite maison pour jardin intérieur à l’origine créée pour l’exposition Handmade organisée par le magazine Wallpaper. Une serre tout en bois qui peut aussi bien servir à la culture qu’à composer toute une floraison en pot. «Ce projet est le produit de notre séjour en Suède, explique Worapong Manupipatpong, designer de Bangkok. Lorsque Ada et moi vivions là-bas, nous avons senti le besoin de faire de l’espace dans notre appartement pour accueillir toute cette végétation qui nous environnait.»

Terrarium XXL qui se met en scène sur un tréteau, Greenhouse a une taille qui encourage une créativité ambitieuse. Ici il faut davantage penser en termes de forêt que de bosquet. «Alors oui, il requiert d’avoir la main verte et une sensibilité artistique, une touche de sculpteur. Il doit encourager les gens à inventer leur propre mini-monde.» Denis Lage abonde dans ce sens. «Le terrarium, c’est une manière d’inviter le végétal dans la maison, d’y faire entrer un petit bout de nature à sa façon. Et c’est très apaisant.»

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