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savile Row

Absolutely Fabulous!

Le couturier Ozwald Boateng a revivifié le métier de tailleur, et Savile Row tout entier. Il a une manière de couper, de mêler les couleurs, parfaitement inhabituelle. Ses costumes sur mesure doublés de soie violette sont de pures merveilles et il le sait. Le couturier anglais, qui habille Jude Law dans la vie et dans ses films, est également à la tête de la création masculine chez Givenchy. Rencontre avec un homme qui ose tout, même tisser des particules de diamants dans ses costumes

Ozwald Boateng est absolument cool. Au moins aussi cool que l’icône cinématographique Jude Law, vedette du film L’Irrésistible Alfie, qu’il habille dans ce remake du classique de 1965, comme dans la vraie vie. Boateng n’est pas seulement le couturier des stars; il est lui-même une star dans la galaxie scintillante du luxe. Je le sais parce qu’il porte un costume à chevrons gris revolver, avec des particules de diamants véritables, qui coûte 25 000 £ (55 000 francs). Une veste sublime doublée d’une soie turquoise hypnotique qu’on brûle de toucher, cousue main avec du fil lilas. C’est un des trois seuls exemplaires existants; Daniel Day-Lewis portait d’ailleurs l’un d’eux aux Oscars, en 2003.

Pour être honnête, il est fort peu probable que le costume réalise son I.C.U – Indice de Coût à l’Usage. Peu importe. Boateng dit que le tissu a du panache, sans parler du sex-appeal, et très franchement, sa carrière et lui en ont tout autant.

Boateng s’excuse d’être en retard de près de 45 minutes pour l’interview, mais il a une raison: depuis sa fenêtre de Savile Row, il a vu le grand couturier Valentino. Et il a dû se précipiter dans les escaliers pour lui dire «Ciao». Il éprouve un certain plaisir et un honneur personnel de voir le légendaire couturier italien flâner sous son balcon en cette journée d’automne exceptionnellement douce. Dans l’évangile selon Boateng, il a replacé Savile Row sur la carte grâce à son exquise ligne de vêtements pour hommes. «J’ai travaillé très dur pour cela. Lorsque j’ai commencé, il y a vingt ans, il ne restait que de vieux tailleurs à Savile Row. Ce n’est pas une coïncidence», lance l’impressionnant Boateng du haut de ses 193 cm, que Valentino se promène sur Savile Row. Il est ici parce qu’il a entendu parler de quelque chose. Il veut sentir ce qui se passe ici. J’ai eu beaucoup d’influence sur tout cela car je suis le seul créateur qui fait des défilés à Paris. «Si vous êtes à la source, vous êtes à la source», ajoute notre homme, juste au cas où nous oublierions qui a mené la révolution. Il dit que sa contribution à la mode fait de Valentino un empereur; «empereur», ça touche la corde sensible.

Ego, passion, confiance en soi, talent et optimisme résument cet élégantissime Anglais de 37 ans qui rend même sexy les costumes pour hommes grâce à ses trois règles de confection: sens de la sexualité (sexy), coupe et forme (pour vous rendre plus sexy) et choix du tissu (encore plus de sex-appeal). C’est pourquoi les femmes sont attirées par ses vêtements, croit Boateng, qui a également commencé à dessiner la collection pour hommes de Givenchy l’an dernier. Le premier styliste noir à diriger une maison française de renom. Le jugement qu’il porte sur son succès se résume à ceci: dans la mode masculine, il n’y en avait que pour la déconstruction – la faute aux Italiens. Il a ramené la structure et rendu les hommes beaux. Et sexy. «Sexy» est la clé de tout.

Son accent, le renouveau de Savile Row, le remake d’Alfie, le dragueur, sa collection de costumes de films – Matrix, Hannibal, Arnaque, crime et botanique – tout cela rappelle une époque – les années 60 et 70 – lorsqu’un autre couturier anglais jouait un rôle similaire. Tommy Nutter a révolutionné Savile Row et frayé avec Michael Caine, la vedette du premier Alfie.

Désormais, nous sommes assis dans son bureau lambrissé de pin, à Savile Row, et je me trouve à la fois face à un Boateng en chair et en os, et devant un portrait de lui, qui trône au-dessus de la cheminée en marbre, les yeux fixés sur nous. Un assortiment de sept cols de styles différents, couleur bordeaux profond, trois échantillons de manchettes et trois paires de chaussures sont exposés. Je cache la marque de ma veste Banana Republic, qui me semblait plutôt bien avant que j’examine le mannequin et que je touche le lainage, doux à se rouler dedans, et sa doublure en soie -extatique vert limette, surpiquée d’orange flamboyant. Evangélique dans son souci du détail, sa -confiance en lui, sa mission et son travail. Je commence à comprendre pourquoi les hommes paient 10 000 livres sterling (22 000 francs) pour un costume, ce qui, admet-il, n’est pas à la portée de tout le monde. A l’étage supérieur, dans l’atelier où travaillent les tailleurs, il supervise méticuleusement chaque détail, raison pour laquelle le premier prix d’un costume fait à façon se monte à 3500 livres (7700 francs). Pour ceux qui ne peuvent se l’offrir, reste deux autres possibilités. Son magasin sur Vigo Street, au coin de la rue, propose des costumes de prêt-à-porter assez fabuleux pour 895 livres (1900 francs) et des costumes sur mesure à partir de 1500 livres (3300 francs).

A l’évocation de telles sommes, le mot «luxe» apparaît dans la conversation. Selon Boateng, il est «dans une situation intéressante après avoir atteint une sorte de seuil». Le marché féminin est plus que saturé. Exact. Combien de «bling bling» une femme peut-elle encore porter? Pour lui, le luxe c’est le confort, mais plus encore, c’est la couleur, grâce à laquelle il s’est fait connaître. «Certaines personnes disent que j’utilise la couleur comme un peintre, mais chez moi, c’est plutôt instinctif.» Sans doute fut-il inspiré – même de manière inconsciente – par son pays d’origine, le Ghana, qu’il a visité pour la première fois alors qu’il était enfant. «J’ai anobli la couleur. Mais encore faut-il savoir choisir la bonne nuance. Je suis bon à cela.» Même ses noirs ont de la couleur. Mais s’il devait choisir sa favorite, ce serait le violet, sa marque de fabrique. «C’est très différent, très puissant.» Après ses défilés, il faut que vous ayez ressenti quelque chose: que ses vêtements vous aient fait vivre «une expérience». L’expérience commence lorsque vous les enfilez et comment vous vous sentez à l’intérieur. «Si vous vous sentez bien, vous vous sentez bien. J’aide mes clients à apprécier chaque moment passé dans mes vêtements parce que je réfléchis à chaque détail», dit-il en référence aux nombreux acteurs qui choisissent de porter du Boateng pour des occasions exceptionnelles comme les Oscars (Will Smith, Wesley Snipes, Joseph Fiennes, Sir Mick Jagger, Seal, tous ont du Boateng dans leurs placards.) «Il y a 21 ans d’amour là-dedans. C’est une magie impossible à définir.»

Avec le temps, il a réussi à associer le talent du tailleur au flair du designer, en s’intéressant à la structure, en la modernisant, en repositionnant la taille, en stylisant le tissu, la couture, en créant quelque chose «d’unique». Il y a quelques années, lorsqu’on lui a demandé ce que son veston à trois boutons avait de différent, il a simplement répondu: «Il est de moi.»

Sans doute devra-t-il se diversifier dans la mode féminine, ne serait-ce que pour faire plaisir à sa splendide épouse russe et à sa petite fille de quatre ans et demi. Entre-temps, il a lancé un parfum pour femmes. Boateng refusait de mettre son nom sur n’importe quoi, il lui importait de «respecter l’intégrité» de sa créativité. Conscient d’incarner la mode sur mesure, il a donc voulu créer un parfum personnalisé. Ce qui s’est traduit par un flacon à deux cavités, chacune contenant une fragrance distincte: chaque vaporisation peut produire un résultat différent. «C’est la première fois que cela se fait, c’est donc très marquant.» Un vrai métrosexuel.

Lorsqu’on le quitte, on pense soudain à une réplique qui pourrait figurer dans un dialogue d’Alfie: Boateng n’est pas seulement l’homme au costume en diamant, il est lui-même un diamant… Traduction: Pilar Salgado

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