Au royaume du Wakanda, les voitures volantes et les gratte-ciels hétéroclites sont le décor d’une guerre de clans pour la maîtrise d’un minerai extraterrestre, le vibranium. Ce pays africain fictif a fait son apparition en 1966, en pleine période de lutte pour les droits civiques des Noirs américains, dans le comic book Fantastic Four grâce au scénariste Stan Lee. Le Wakanda est revenu magistralement sur le devant de la scène il y a deux ans dans le premier film de super-héros noir Black Panther, un succès planétaire, également consacré par de multiples prix. Un an plus tard, le mouvement Black Lives Matter explosait à la face du monde, suite à la mort de George Floyd. Quelque part entre ces deux jalons, plus précisément en 1993, le terme afrofuturisme naissait sous la plume du critique Mark Dery afin de qualifier le lien entre la science-fiction, l’histoire des Noirs aux Etats-Unis et leurs origines africaines. Les œuvres artistiques issues de ce genre conçoivent donc le monde à travers une fiction fantastique en le reliant au passé et en remettant en question le présent. Enfiler les lunettes de l’afrofuturisme permet de se positionner comme des agents de l’histoire et d’opérer un retour vers le futur.

Flash-back

Pour faire partie de la réalité, l’homme noir se doit de se reconnecter à son passé volé par l’histoire. La seule façon, selon les afrofuturistes, de se construire un futur. Comme disait George Orwell: «Celui qui contrôle le passé contrôle le futur: celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» Ce à quoi la communauté africaine répond par le terme sankofa du peuple Akan au Ghana qui signifie «Retournes-y et va le chercher» et qui est représenté par un oiseau la tête tournée vers l’arrière, les pattes pointées vers l’avant et portant des œufs dans sa bouche. L’écrivain, sociologue, historien et militant pour les droits civiques, W. E. B Du Bois, qui s’installa en Afrique à la fin de sa vie, imaginait, en 1909 déjà, dans la nouvelle The Princess Steel, le «mégascope»: un outil qui voit à travers le temps et l’espace afin de percevoir la matérialité de l’histoire.