Grand et robuste, le teint basané, une ressemblance certaine avec son père, Alain Mességué nous reçoit dans son nouveau centre, ouvert en mai, au Parkhotel Delta d’Ascona, sur la rive nord du lac Majeur. Le licencié en physiothérapie du Centre hospitalier universitaire de Toulouse aime à rappeler l’altitude de son «véritable Eden», 196 mètres, «le lieu le plus bas de toute la Suisse».


Dans cette structure, entourée d’un parc à la végétation subtropicale de 80 000 m2, le fils de Maurice poursuit l’oeuvre de son père. Lequel, à 94 ans et encore en pleine forme, vit en Tarn et Garonne. «Des centres qui se font appeler Mességué il y en a partout dans le monde, mais dans un vrai, il y doit y avoir un Mességué. C’est le cas ici à Ascona où j’opère personnellement, ou encore en Italie où mon frère cadet Marc, dirige lui aussi un institut.»

Né le 2 juillet 1946 à Bergerac, la ville de Gascogne choisie par Edmond Rostand comme théâtre des aventures de Cyrano, Alain Camille (du nom de son grand-père paysan qui enseigna le savoir des plantes à son père Maurice), a trois ans lorsque ses parents divorcent. «Ma mère, Elena, enseignante, était d’origine italienne. Son père était arrivé en France pour travailler à la construction de la ligne ferroviaire du Simplon. Après le divorce, déjà reconnu dans son travail, mon père est monté à Paris. Je le voyais peu, une fois tous les trois mois environ. Mais durant les vacances d’été, il m’emmenait avec lui dans le Gers où il avait développé tout un réseau de personnes qui cueillaient les plantes pour lui. Il m’a appris ses secrets, transmis de père en fils depuis des générations et, après avoir terminé mes études à Toulouse, c’est tout naturellement que j’ai suivi sa voie.»

C’est ainsi qu’en 1971 Alain Mességué ouvre un cabinet de physiothérapie à Antibes, la ville où son père s’était fait connaître. «Mes clients continuaient à me comparer à lui et c’est ainsi qu’en 1974 j’ai apposé mon nom complet sur ma plaque indiquant «soins par les plantes» vu que dès cette année-là j’ai commencé moi aussi à pratiquer la phytothérapie. Aujourd’hui mes «cueilleurs» se trouvent être les enfants et petits-enfants de ceux qui récoltaient pour mon père à l’époque. Il va de soi qu’entre-temps la récolte est devenue industrielle. Les plantes ne proviennent plus seulement du Gers mais aussi de champs cultivés biologiquement au Maroc et en Argentine par exemple. Ceci dit, les plantes que j’utilise personnellement pour les bains de pieds et de mains, et les cataplasmes pratiqués dans mon centre poussent dans le Gers et les Pyrénées. Elles sont séchées puis stockées et me sont envoyées ici une fois par année. Les plus utilisées sont le bouton d’or et la chélidoine.»

Mais comment Alain Mességué a-t-il fini par s’installer au Tessin? «C’est une longue histoire» raconte-t-il. «En 1981, François Mitterrand a été élu président de la République. Un peu imprudemment peut-être, je n’ai pas caché «mon allergie» au gouvernement socialiste.» A la suite de contrôles fiscaux «éprouvants» comme il le raconte dans son dernier livre, Mességué Junior décide de quitter la France. Il choisit l’Italie, patrie d’origine de sa mère et finit par s’installer à Soligo, en province de Trévise (région de Venise) où son grand-père maternel avait combattu durant la première guerre mondiale. Là, dans une demeure historique, il inaugure le premier centre Alain Mességué en Italie. «J’y ai soigné Marcello Mastroianni, qui m’avait été envoyé par Federico Fellini qui voulait lui faire perdre quelques kilos avant le tournage du film «Ginger et Fred» avec Giulietta Masina. J’ai aussi remis en forme Ugo Tognazzi, Alberto Sordi, Lino Banfi pour ne citer que quelques acteurs, puis le journaliste Maurizio Costanzo, l’industriel Flavio Briatore et même Silvio Berlusconi». En 1993, des problèmes structurels contraignent le Centre de Soligo à fermer ses battants. «Je me suis alors déplacé à Cuasso al Monte sur la rive italienne du lac de Lugano». Le fils de Maurice a dû mettre la clé sous le paillasson en 2008: «le propriétaire de l’édifice voulait vendre mais nous ne nous sommes pas mis d’accord sur le prix» explique-t-il.

Dans un premier temps, Alain Mességué avait pensé à prendre sa retraite à 60 ans. Mais, devenu papa pour la seconde fois en janvier 2002 d’un petit Massimiliano, fils de sa troisième épouse Paola, il comprend qu’il n’a pas vraiment envie de jeter l’éponge: «Lorsque tu arrêtes de travailler, tu commences à mourir», lance-t-il. C’est ainsi qu’Alain a choisi le Tessin. «Un endroit que je connaissais déjà. Un endroit idéal pour continuer à recevoir ma clientèle italienne.» Après un bref passage à Agra, dans le Malcantone près de Lugano, la région où Hermann Hesse – un de ses écrivains préférés a vécu jusqu’à sa mort en 1962 - Alain Mességué est arrivé à Ascona. Pour l’heure sa clientèle est principalement italienne, russe, danoise et française. «Je dois encore conquérir les gens du lieu, mais ça viendra» admet l’auteur de «La dieta del sorriso, la mia vita, i miei segreti» («Le régime du sourire, ma vie, mes secrets»), paru récemment en Italie et prochainement traduit en français. «Un ouvrage où je raconte ma vie et ma mission à mon fils cadet.» Chez les Mésségué, pas de doute, les herbes se tissent de père en fils.

Profil

2 juillet 1946: naissance d’Alain Mességué

1971: ouverture de son premier cabinet de physiothérapie à Antibes

1981: Quitte la France pour l’Italie

2002: naissance de son deuxième fils, s’installe au Tessin

2015: Publication de son livre «La dieta del sorriso, la mia vita, i mei segreti», prochainement traduit en français