haute couture

Alexis Mabille: la toile et son double

Au milieu des sculptures du musée Bourdelle, le défilé d’Alexis Mabille ressemblait à un jeu de rôle, avec des silhouettes qui s’amusaient avec nos neurones – est-ce bien le même modèle qui vient de passer une fois en blanc, et ensuite en couleur? – et avec notre envie de jouer au jeu des transformations. Comment une cape et une robe de cocktail peuvent-elles devenir une robe de soirée, en moins de deux minutes? Très simplement…

Au milieu des sculptures du musée Bourdelle, le défilé d’Alexis Mabille ressemblait à un jeu de rôle, avec des silhouettes qui s’amusaient avec nos neurones – est-ce bien le même modèle qui vient de passer une fois en blanc, et ensuite en couleur? – et avec notre envie de jouer au jeu des transformations. Comment une cape et une robe de cocktail peuvent-elles devenir une robe de soirée, en moins de deux minutes? Très simplement…

Le Temps: Cette collection haute couture est plus épurée que la dernière Alexis Mabille: Oui. C’est d’ailleurs pour ça que la moitié de la collection est en blanc: pour montrer l’épure. Les modèles en blanc mat sont comme la maquette en plâtre du sculpteur, avant les modèles en couleur. On a présenté la collection au musée Bourdelle pour montrer les détails, la structure même du vêtement. Le coloriage de la matière change complètement le vêtement, qui devient quelque chose de radicalement différent. C’est un exercice de style que l’on fait avec les clientes couture en permanence! Elles nous demandent une robe blanche pour un mariage, puis elles la veulent en couleur, dans un émeraude, un rouge vif, des teintes que l’on n’a pas présentées pendant la collection.

– Le blanc est une couleur qui ne pardonne rien. – On voit tous les défauts! Le blanc prend beaucoup d’espace et a tendance à attirer l’œil, car cela crée une tâche de non-couleur lumineuse.

– On suppose que certaines de vos clientes vous commanderont ces modèles comme robes de mariées? – Oui, bien sûr. Mais faire du mariage pour du mariage, cela ne m’intéresse pas. Ce que je voulais, avec cette collection, c’est créer un vêtement destiné à être en couleur. L’esprit est différent: il n’y a pas tout le protocole lourd du mariage derrière.

– Il y a aussi l’idée d’un vestiaire évolutif dans cette collection: on arrive avec une robe de cocktail, portée sous une cape et soudain la cape devient jupe et on se retrouve en robe de soirée… – J’adore l’idée de la transformation des pièces. Mon premier défilé couture s’appelait «dressing couture» et ce n’étaient que des vêtements qu’on pouvait interchanger. Avec cette collection aussi, tout peut se mixer pour devenir autre chose. C’est d’ailleurs ce que font les femmes tous les matins: qu’elles s’habillent couture ou pas, elles prennent des choses dans leur garde-robe et elles les mettent ensemble. Je trouve intéressant qu’en couture les femmes achètent plutôt des pièces coups de cœur, qu’elles pourront remettre, même si dans certains pays cela ne se fait pas. Une robe caftan comme celle-ci n’a pas d’âge: dans cinq ou six ans, elle sera toujours aussi chic. En couture, j’aime réaliser des vêtements qui ne vieillissent pas.

– Au-delà du mixage des pièces, vous proposez des vêtements qui changent de nature, qui passent du court au long et des épaules à la taille. – Je voulais présenter la couture dans son essence. C’est un peu vieux jeu de faire enlever les vêtements aux mannequins pendant le défilé, mais j’adorais l’idée qu’une fille arrive, retire son manteau, montre la robe en dessous… Revienne avec la cape autour des hanches, comme une robe de soirée. J’aime le côté dramatique que dégage une robe longue: c’est toujours beau ces grands jupons avec des grands volumes à la fois un peu années 50 et Napoléon III. C’était un effet de surprise…

– Vous parlez d’un côté «vieux jeu», or pendant ces trois jours, on a pu ressentir chez certains couturiers un désir de revenir à des défilés traditionnels, sans musique. Jamais autant que cette saison on ne s’est autant concentré sur les vêtements. – Comme on n’est pas nombreux à faire de la couture, c’est une chance de pouvoir attirer l’attention sur tous ces détails, qui ne peuvent pas être réalisés sur du prêt-à-porter. Sinon les prix seraient hystériques! Cette robe de dentelle représente cinq jours de peinture, ce manteau en paillettes, c’est de la silicone entièrement rebrodée, comme une cage de cristal, l’effrangeage de l’organza de ce modèle prend des heures, même si cela ne se voit pas… Il y a un vrai travail de coupe, des heures d’aiguilles pour que l’on ne voie pas un point, pour que cela tombe comme une sculpture sur le corps. C’est un peu de la chirurgie esthétique, aussi, la haute couture…

En images. Des coulisses aux premiers rangs....
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