LE VOYAGE

Alto Douro, un voyage dans le temps

Déclaré patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2001, le Haut Douro, dans le nord du Portugal, est resté simple et authentique. La région regorge d’œnologues, de vignerons et… d’investisseurs

Le Portugal pourrait bien devenir la Californie du Vieux-Continent. Start-up, artistes et gens fortunés cherchant à payer moins d’impôts tout en vivant sous le soleil y déménagent. En 2017, Madonna a élu domicile à Lisbonne, ville où les prix de l’immobilier ont plus que doublé en cinq ans. Dans le nord du pays, Porto, la deuxième plus grande ville du pays, bénéficie d’un engouement similaire à celui de Lisbonne. Ville magnifique et truffée de monuments historiques dont quelques bâtisses médiévales, Porto souffre, tout comme Lisbonne, d’un afflux de touristes sans précédent. Pour éviter les foules, raccourcissez votre séjour urbain et fuyez vers l’intérieur du pays, aux grands espaces et à l’histoire fascinante. Depuis l’aéroport de Porto, il suffit de prendre un bus ou de louer une voiture et le tour est joué.

Vila Real

A 100 kilomètres à l’est de Porto, on arrive à Vila Real, avec ses 30 000 habitants. Une agglomération typique de la vie dans le nord du Portugal: les jours de marché, sous le grand hangar de la place centrale, des femmes vêtues de noir, le dos voûté vous proposent des fruits et des légumes asymétriques qu’elles ont cueillis dans leurs jardins. «Ce qui fait la beauté de cette région, raconte Inès Albuquerque, propriétaire de la Casa Agrícola da Levada, un éco-boutique hôtel, c’est que le temps s’est arrêté au siècle dernier.»

Les légumes du marché n’ont pas besoin d’être labellisés bios, ils l’ont toujours été. Ici, les gens sont attachés à la terre comme nulle part ailleurs. Tout le monde a son lopin, ses poules et ses chèvres. «Si nous étions soudainement coupés du reste du monde, nous survivrions, c’est sûr!" reprend la femme entrepreneure. Le grand atout de Vila Real, c’est sa simplicité. On y mange bien, les produits sont toujours frais et une joie de vivre authentique et familiale s’y fait sentir. Vila Real reste aussi l’escale parfaite pour visiter les alentours.

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Mateus

En périphérie de Vila Real, le palais de Mateus, conçu dans un style baroque au XVIIIe siècle, s’impose comme le fief culturel du nord du Portugal. C’est là qu’un grand nombre de conférences, de concerts et de récitals sont donnés tout au long de l’année. Le lieu est ouvert au public, on peut donc y admirer ses jardins ornementaux et ses rosiers, arbres fruitiers, cyprès. Le palais se reflète dans les miroirs d’eau qui l’entourent. Contrairement aux châteaux-musées qui traversent l’Europe, Mateus est encore habité. Le conte Fernando d’Albuquerque y séjourne tous les étés avec sa famille, donnant midi et soir des réceptions dans la salle à manger. A la tombée de la nuit, les portes du château se ferment et les chiens, dont l’un s’appelle Méchant et l’autre Le Pire, sont lâchés.

La vallée du Douro

Direction nord-est, à quelque 20 kilomètres de Vila Real, où le paysage éclaboussant de beauté n’est pas sans rappeler notre région viticole de Lavaux, en bien plus grand! Collines et terrasses de vignes se rejoignent dans le large fleuve Douro, qui remonte jusqu’en Espagne. Si le Mont-Blanc manque sur cette carte postale, le paysage viticole du Douro, de 50 000 hectares environ, a le mérite d’avoir échappé, grâce à l’Unesco, à la défiguration autoroutière.

De Pinhão, un village situé au bord du Douro, on peut prendre un bateau et remonter le fleuve en observant les diverses quintas, des propriétés rurales perchées sur les terrasses de vignes. Après une demi-heure de route, le conducteur rendra ses passagers attentifs à une maison blanche plantée sur le haut d’une colline. «C’est là où Winston Churchill avait l’habitude de séjourner.» La présence des Anglais dans le Douro remonte au XVIIe siècle, époque où ils se virent momentanément interdire l’importation de vin français. Pour combler ce manque, ils se rabattirent sur la production du nord du Portugal. Depuis, les Anglais sont restés les plus grands importateurs de porto du monde.

Dirk Niepoort

A la fin des années 1980, quelques téméraires décident de ne plus seulement utiliser leurs vignes pour produire du porto mais aussi des vins de table. A la tête de cette révolution, le charismatique Dirk Niepoort, que les locaux qualifient tantôt de fou, tantôt de visionnaire. Quand nous l’avons rencontré fin septembre dans sa quinta de Napoles, bétonnée comme un musée d’art moderne, il venait tout juste de terminer ses vendanges. «Je termine et les autres commencent», dit-il dans un français parfait et chantant.

L’enfermement économique et géographique du Portugal pendant plus d’un siècle «dans un climat parfois très morbide, traditionnel et lourd» est selon Niepoort une aubaine pour la viticulture. «Le Portugal est le plus grand gardien des vignes de cépages autochtones. Au lieu d’avoir deux ou trois cépages autorisés, nous en possédons 85. De plus, nous avons ici toutes les expositions possibles et nos vignes vont de 80 à 800 mètres d’altitude. Et vous savez, je pense que les gens commencent à se lasser de ne boire que du chardonnay, du merlot ou du pinot blanc. Il est selon moi évident que le Portugal va devenir un des pays les plus intéressants pour les grands vins avec de la personnalité et du caractère.»

En quittant la vallée par des chemins de terre étroits et sinueux, on se sent soudain nostalgique par anticipation. Et si cette région finissait elle aussi ravagée par le tourisme? Rodrigo Vaz, vigneron et propriétaire de la quinta biodynamique da Timpeira dos Cedros, constate sans jugement les rapides et récents changements de la région. Il y a le tourisme et aussi les investisseurs (majoritairement Brésiliens), qui viennent s’approprier des vignobles aux vues improbables. «C’est logique, n’est-ce pas? Pour eux, cela ne représente même pas le prix d’un appartement à Paris. Pour nous, c’est différent.» Du porche de sa quinta, il scrute le ciel où se déploie un impressionnant coucher de soleil: «Nous verrons bien où cela nous mène», conclut-il.


Y aller

48 vols directs par semaine depuis Genève avec TAP, Swiss, EasyJet, Lufthansa.

Y dormir

Casa Agrícola da Levada, Vila Real

Eco-boutique hôtel

casadalevada.com

Quinta da Gricha, São João da Pesqueira

La maison de prédilection de Winston Churchill

Y manger

Casa de Pasto, Chaxoila Estrada Nacional 2, Vila Real

Cuisine traditionnelle et vins de la région depuis 1947.

chaxoila.com

DOC, Estrada Nacional 122, Folgosa

Cuisine gastronomique dans un cadre enchanteur.

docrestaurante.pt

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