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Anne-Claire Schott: «J’investis dans le travail manuel, pas dans la chimie: je suis convaincue que cela permettra à mes vins de s’exprimer encore mieux par eux-mêmes, sans artifices.»
© Lea Kloos

Portrait

Anne-Claire Schott, l’art de la vigne

La viticultrice de Douanne, au bord du lac de Bienne, a étudié l’histoire de l’art avant de reprendre le domaine familial, en 2016. Un parcours qui rejaillit sur une production en rupture avec la tradition, avec notamment la création de deux cuvées conceptuelles bluffantes. Rencontre

Dans les vignes en terrasse qui dominent le lac de Bienne, Anne-Claire Schott se sent parfaitement dans son élément. «J’aime la nature, le lien avec la plante, souligne la trentenaire avec enthousiasme. J’aime aussi le travail manuel. Depuis que j’ai repris le domaine familial, début 2016, je cherche à valoriser cet artisanat: ici, on fait tout à la main. Avec notre vignoble en pente structuré par des murs de pierre sèche, c’est dans l’ordre des choses.»

Cette passion dévorante est longtemps restée enfouie. «Plus jeune, je ne voulais pas reprendre le domaine. Pour moi, il était simplement inimaginable de faire comme mes parents.» Pas par esprit de contradiction, mais avec la volonté de tracer son propre sillon, loin de Peter et Marie-Thérèse et de la maison familiale de Douanne. «Et puis les métiers agricoles sont dominés par les hommes, cela ne me tentait pas trop», précise-t-elle, le sourire frondeur.

Recherche d’authenticité

Après sa maturité obtenue à Bienne, la jeune bernoise part étudier à l’Université de Bâle où elle obtient un bachelor en histoire de l’art. Elle enchaîne par un stage à la Fondation Beyeler. Très vite, elle se remet en question en découvrant un milieu de l’art «très superficiel». A la recherche d’authenticité, elle décide de faire un stage de viticulture, «pour voir». Avec une condition non négociable: travailler avec une femme. «Je suis allée à Cologny, près de Genève, chez Sarah Meylan. J’ai adoré.»

Convaincue d’avoir trouvé sa voie, Anne-Claire Schott enchaîne par l’Ecole d’œnologie de Changins. Son diplôme en poche, en 2014, elle part pour les Etats-Unis pour se faire la main dans une winery. Elle découvre le vin produit à l’échelle industrielle. «C’est là-bas que s’est imposée à moi l’idée de tout faire à la main. Et de communiquer là autour car ce sont deux métiers très différents.»

En 2015, la trentenaire rejoint le domaine familial et crée d’emblée deux cuvées signatures – un vin rouge et un vin blanc. C’est la naissance de la gamme Aroma der Landschaft («Saveur du paysage») inspirée par l’artiste Ulrich Studer. En 2000, ce dernier avait réalisé une installation lumineuse éponyme sur les murs de pierre sèche qui structurent le paysage local. «Cela m’avait marquée, souligne la vigneronne. Après discussion avec lui, j’ai repris le nom. Cela exprime très bien ma volonté d’exprimer un message à travers le vin. Quand on déguste, tous nos sens sont en éveil. Il y a beaucoup de points communs avec l’art.»

Vin de caractère

Anne-Claire Schott a imaginé un concept original pour nourrir sa quête de sens: le raisin de ses deux cuvées signatures est issu exclusivement des treilles installées contre les murs du domaine, à la maturité plus précoce. Le blanc réunit plusieurs cépages (chasselas, pinot noir, pinot gris, chardonnay, silvaner, sauvignon blanc). Elevée dans un œuf en béton, cette «interprétation du paysage» est une grande réussite. Un vin de texture et de structure avec beaucoup de caractère. Un must qui se mérite (900 bouteilles numérotées).

Composé exclusivement de pinot noir avec une adjonction minimale de soufre à la mise en bouteille, Aroma der Landschaft rouge est encore plus rare (300 bouteilles en 2015). La cuvée n’a pas vu le jour en 2016, la fermentation spontanée n’ayant jamais démarré. Du coup, le vin a été intégré dans la cuvée traditionnelle du domaine. Une évidence pour Anne-Claire Schott: «Je me bats contre le lavage de cerveau que j’ai connu à l’école d’ingénieurs de Changins. On nous a appris qu’un bon vin doit être droit, équilibré, lisse. On nous entraînait à chercher ses défauts, pas à comprendre sa singularité. Cela m’irrite. Je cherche à faire des vins d’expression, pas des vins typiques.»

Biodynamie

Aroma der Landschaft, c’est aussi un habillage sur mesure. Une étiquette conçue par le graphiste Antoine Javet pour le blanc; une feuille de soie représentant les lies du vin créée par Ulrich Studer pour le rouge. Une façon supplémentaire de se démarquer pour une artisane qui aime se réinventer – elle a fait enlever le slogan historique de la cave familiale, «Das Weinhaus mit Tradition», de toutes les étiquettes du domaine.

Anne-Claire Schott a aussi rompu avec le passé au niveau viticole en convertissant ses 3,5 hectares de vignes en biodynamie au début de cette année. Une évidence, là encore, pour une vigneronne qui ne peut pas imaginer travailler avec des produits phytosanitaires. «J’investis dans le travail manuel, pas dans la chimie: je suis convaincue que cela permettra à mes vins de s’exprimer encore mieux par eux-mêmes, sans artifices.»

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