Exposition

A Artgenève, le design tient salon

Pour sa deuxième édition, le Pavillon des arts et du design a affiné sa sélection avec des stands moins bling, du mobilier vintage pointu et davantage de galeries dédiées à la bijouterie d’art

C’est un iceberg plus vrai que nature, un dessin au crayon de 3,5 mètres de long de l’artiste américain Robert Longo qui fait de l’hyperréalisme sa spécialité. L’œuvre est exposée en ce moment à Artgenève sur le stand de la galerie berlinoise Capitain Petzel, pour certains la meilleure de la capitale allemande. Ce qui est sûr c’est que Friedrich Petzel et Gisela Capitain, ses deux fondateurs, sont ravis de leur première participation au salon d’art genevois. «J’aime Genève, mais je n’étais jamais venu à la foire», explique Friedrich Petzel, qui représente aussi Walead Beshty, l’artiste anglais qui se fait envoyer des cubes en verre par FedEx et à qui le Mamco consacrera l’été prochain une rétrospective. «On m’en avait beaucoup parlé, et en bien. Nous avons décidé d’y participer cette année. La qualité des œuvres présentées, l’organisation, le public, tout est tellement parfait que nous avons d’ores et déjà prévu de revenir l’année prochaine.»

Table en opaline

A deux jours de sa fermeture, Artgenève peut d’ores et déjà afficher le bilan positif des manifestations qui se bonifient avec le temps. L’édition 2018 avait été une réussite. En poussant un cran plus loin ses exigences, celle de 2019 fait encore mieux, aussi bien au niveau des propositions en art contemporain que celles en termes de design. A voir la foule qui se pressait au vernissage du Pavillon des arts et du design, la deuxième édition du PAD Genève suit ce mouvement ascendant. Au point d’annoncer que cette année, il sera aussi associé à Artmonte-carlo, l’édition monégasque d’Artgenève, en avril.

C’est aussi que, pour sa deuxième édition, la foire consacrée aux objets de collection a affiné sa sélection. En 2018, les exposants, ignorant les goûts du public genevois, avaient blindé leurs stands. Le visiteur se heurtait à un tutti frutti de genres, parfois trop bling. Et à beaucoup de ce mobilier Art déco très cher qui se vend très bien dans les foires internationales, mais peut-être un peu moins dans le coin.

Cette année, changement d’ambiance. Les 28 marchands de cette édition ont affiné leur sélection. Il y a là plus de créateurs contemporains, plus de vintage rare mais qui reste abordable. Comme ce buffet qu’Henri Lancel, l’un des décorateurs du paquebot France, avait conçu pour le magasin Le Printemps. Et que la Galerie Meubles et lumières vend 9000 euros. «Nous participons aux PAD de Paris et de Londres, explique Alexandre Goult patron de la Galerie Meubles et Lumières avec Guilhem Faget qui vient à Palexpo pour la première fois. A Genève, on en profite aussi pour voir nos clients suisses et pour faire de nouvelles rencontres intéressantes.» Leur credo? «Le design des années 1950, 60 et 70 avec une préférence pour les luminaires italiens et français.» Comme ces appliques dépliables de Robert Mathieu. Il arrive aussi parfois qu’un objet allie les deux centres d’intérêt des marchands parisiens. C’est le cas de cette étonnante table basse éclairante avec son plateau en opaline. Sortie des Ateliers de recherche plastique de Joseph-André Motte, Pierre Guariche et Michel Mortier dans les années 1950, elle est associée avec un sofa en rotin de Franca Helg de 1954.

Bauhaus exotique

Plus exotique, la Parisienne Aline Chastel-Maréchal expose ce design brésilien d’après-guerre qui voit sa cote grimper. Le pays cultive une longue tradition moderne à travers l’immigration d’architectes et d’ébénistes venus d’Europe au début du XXe siècle. Ce mobilier, version exotique du Bauhaus, la galeriste, active depuis plus de vingt ans à Paris, s’y intéresse depuis 2015. «Avec le jeune antiquaire Mikael Najjar, nous l’avons prospecté un peu partout, aussi bien dans les grands centres urbains à Rio, à Sao Paolo où il se trouve principalement, que dans des villes plus éloignées, où il a été parfois relégué dans les maisons de campagne de ses propriétaires», explique la galeriste, qui présente des pièces du portugais Joaquim Tenreiro installé à Rio dans les années 1920. Mais aussi des Italiens Carlo Hauner et Giuseppe Scapinelli, arrivés au Brésil à la même époque, et des designers brésiliens comme Jose Zanine Caldas, dont Aline Chastel-Maréchal présente Namoradeira «(littéralement «flirter» en portugais), une «conversation» massive des années 1970, taillée dans un tronc de juarena.

Chez les contemporains, Armel Soyer se revendique défricheuse. «A part ce cabinet à liqueurs du Néerlandais Piet Hein Eek, les designers que je représente sont tous des découvertes», explique la galeriste installée à Paris depuis huit ans et, depuis 2015, à Megève, «où les Genevois montent souvent». Sur son stand, elle ménage donc deux atmosphères: un côté urbain raffiné et délicat éclairé par les suspensions de l’Australien Christopher Boots et un côté montagne plus cocooning avec les chauffeuses de la designer russe Olga Engel.

Mobile-miroir

Mais le PAD, ce sont aussi des bijoux. Cette année, la joaillerie d’art augmente sa participation. La Galerie Objet d’Emotion, de la Lyonnaise vivant à Londres Valery Demure, présente des créations de Mélanie Georgacopoulos qui décline le travail de la perle et celles Maharaja-Belle Epoque de la Genevoise Nadia Morgenthaler. La Zurichoise Suzanne Syz, elle, a déménagé d’Artgenève au PAD. Son stand très pop conçu par et pour les bijoux créés en collaboration avec Sylvie Fleury est impossible à louper. Il est installé à l’entrée de la foire. Une foire où on attendrait Philippe Cramer. Le designer genevois a pris, comme l’année dernière, l’option de présenter ses nouveautés au milieu des galeries d’art. Inspirés par la calligraphie antique, et aussi un peu par Calder, il a imaginé des «mobiles muraux». Des sculptures qui bougent, mais pas trop, éminemment modernes et décoratives, mais qui sont aussi des miroirs mouvants.

Artgenève et PAD Genève, jusqu’au 3 février, Palexpo, www.artgeneve.ch et www.pad-fairs.com

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