Le Voyage

Atitlán, un lac guatémaltèque entre feu et foi

Au Guatemala, un lac envoûtant surplombé par trois volcans aimante écrivains et mystiques, fascinés par sa splendeur et les croyances ancestrales des communautés mayas qui peuplent ses rives

L’aube sonne le réveil du lac Atitlán. Un souffle de vent frise la surface des eaux. Sur les rives, les joncs ploient dans la lumière dorée. Les pêcheurs sur leur pirogue sont des ombres munies de filets. Les cirrus se déplient en filaments éthérés. Un ponton de bois grinçant révèle le poste d’observation idéal pour embrasser du regard la silhouette conique des volcans San Pedro (3020 m), Tolimán (3158 m) et Atitlán (3537 m). Leur présence est massive, stupéfiante, presque magnétique. L’image de ces géants de terre et de feu, comme dressés sur l’eau, suffit à expliquer pourquoi le lac Atitlán a toujours fasciné écrivains, artistes et croyants, tout comme les voyageurs de passage.

Situé au cœur des hautes terres du Guatemala, il occupe une caldeira laissée par une gigantesque éruption, il y a 84 000 ans, tel une perle bleue dans son écrin. «C’est comme le lac de Côme embelli de volcans immenses. Il est au-dessus de tout», résume l’écrivain britannique Aldous Huxley. On dit même qu’Antoine de Saint-Exupéry, séjournant au Guatemala après un accident d’avion (1938), y aurait trouvé l’inspiration pour écrire Le Petit Prince. La montagne Cerro de Oro, au pied du Tolimán, a d’ailleurs la forme exacte du dessin du boa avalant un éléphant dans le livre.

Un défi écologique

Au petit matin débute le va-et-vient des bateaux-taxis qui assurent la liaison entre les villages du lac. Panajachel, le plus grand, aligne boutiques, bars et restaurants. A quinze minutes de navigation, beaucoup préfèrent la quiétude de San Marcos La Laguna et Santa Cruz La Laguna. Vers midi se lève le xocomil, une brise qui hache les flots. La légende l’attribue aux soupirs d’une princesse venue attendre en vain son amant. A cette heure, le sommet des trois volcans se coiffe souvent d’une calotte nuageuse. Le ciel s’assombrit, prêt à lâcher les orages de l’après-midi. Comme si le lac se trouvait au croisement exact des quatre éléments.

Profond de 340 mètres, Atitlán présente la particularité d’être un lac endoréique. Autrement dit, il n’est alimenté par aucun ruisseau ou cascade mais seulement par la pluie et l’écoulement des eaux à la surface des sols. L’évacuation se fait par évaporation et infiltrations dans le sol. Plus sensible à la pollution qu’un lac avec débouché maritime, il fait l’objet d’un programme d’assainissement et d’éducation. A San Pedro La Laguna, les habitants ont commencé à nettoyer les rives et à bannir le plastique, remplacé par des produits traditionnels comme les paniers tissés ou les feuilles de bananier. Objectif: rendre aux eaux leur transparence originelle.

Grand-mère Atitlán

Il faut dire que le lac regorge de trésors. L’an passé, l’Unesco a envoyé une mission scientifique explorer, à 17 mètres de profondeur, les vestiges d’une cité maya appelée Samabaj, vieille d’environ 2000 ans. Le lac Atitlán est au cœur de l’univers maya. Les communautés rurales tzutujil et cakchiquel peuplent cette région depuis la préhistoire. Dans les rues, sur les bateaux et les marchés, on reconnaît ces femmes indiennes à leurs jupes bouffantes et leurs chemisiers colorés. A l’échelle nationale, la population des Mayas, est de 60%, mais elle s’élève ici à presque 90%. Pour ceux qui l’appellent «grand-mère Atitlán», le lac est sacré, comme les volcans et les montagnes. Tous font l’objet de cultes, entre symbolisme naturel et chamanisme.

A lire aussi:  La cité du dieu singe, des ruines aussi mystérieuses que controversées

La vague New Age a remis en lumière ces croyances. Au crépuscule, des cantiques aériens s’élèvent du centre ésotérique de San Pedro La Laguna, où des Occidentaux en quête d’éveil spirituel s’initient à la cosmogonie maya. Beaucoup considèrent le lac Atitlán comme l’un des nombrils de l’univers. Certains sont même venus y attendre la fin présumée du monde selon le calendrier maya, le 21 décembre 2012. Elle n’est jamais arrivée. Et les hôtels des environs ont désormais compris le filon: la plupart d’entre eux proposent des cours de yoga et de spiritualité – ou tout au moins des repas végétariens.

Un saint en santiags

Les communautés mayas pratiquent un syncrétisme religieux dans lequel le christianisme fait la part belle aux divinités précolombiennes. Le culte se pratique dans des églises peuplées de saints bariolés, comme celle de San Andrés Xecul, à la façade safran. Mais aussi dans de simples maisons de brique. A Santiago Atitlán, Zunil ou San Lucas Tolimán est adoré un étrange personnage appelé Maximon, ou parfois San Simon. Sa représentation, de taille humaine, est ornée de santiags, de fausses Ray-Ban et d’un chapeau de paille. Elle réside d’un foyer à l’autre pendant plusieurs mois. Les locaux vous indiquent volontiers où le trouver. Pas un jour sans qu’on vienne l’honorer.

Les dévots débarquent de loin, dans des school bus colorés, pour apporter fleurs et argent, cigarettes et alcool. Maximon peut boire à satiété: un tuyau permet d’évacuer les liquides dans une bassine située sous son trône inclinable. Un rituel d’opérette, qui ne doit pas faire oublier la foi immense qui allume les regards. Mi-dieu, mi-saint, Maximon est réputé protecteur et facétieux, buveur et coureur de jupons. Est-il l’avatar de saint Simon ou de Judas? Une figure indienne rituelle vêtue des oripeaux d’un conquistador? Une chose est sûre, il est honni par les sectes pentecôtistes, en plein essor, pour qui le bien et le mal ne peuvent cohabiter sous le même chapeau.

Pèlerinage dans les cimes

L’étrange foi maya prend d’autres formes. Du sentier brumeux menant au pic du Santa Maria, l’un des 30 volcans de la région, émergent des pèlerins venus rendre un culte aux divinités des sommets. Des femmes aux étoffes bariolées portant des enfants presque nus sur leur dos, des hommes chargés d’alcool et de tabac, d’encens et de maïs. Dans leurs croyances, l’humain est né du maïs; le tabac et l’encens sont symboles du don de la terre au ciel. Ils resteront tout le jour, parfois pendant la nuit glaciale, dans une grotte à 3772 m d’altitude. Le Guatemala n’est pas épargné par les séismes et les éruptions, qui ont encore fait plus de 200 victimes en juin 2018. Pourquoi ne pas implorer la clémence des éléments naturels?

Certains volcans en activité, moins menaçants, sont accessibles aux visiteurs. Ainsi le Pacaya, non loin de la ville coloniale d’Antigua, classée au patrimoine de l’Unesco. L’ascension de trois heures est ardue, mais le spectacle ensorcelant en vaut la peine. Une rivière de lave visqueuse serpente lentement sur le flanc du volcan. Impossible de résister à la tentation de s’approcher, d’autant que rien ne l’interdit. Mais à deux mètres, la chaleur devient insupportable. Les semelles n’y résistent pas: un autre flot de lave orange, caché, s’écoule moins d’un mètre sous le basalte solidifié. Au crépuscule, le feu du ciel se mêle à celui du volcan. On finirait par croire que les portes du monde intérieur sont vraiment là, juste sous nos pieds.

A lire aussi: Au-dessus des volcans


Y ALLER

Genève-Guatemala City avec une escale, à partir de 800 francs environ.

iberia.com

Sur place, possibilité de louer des voitures dans une agence internationale.

Y DORMIR

Il existe une large gamme d’hébergements aux abords du lac Atitlán, à tous les tarifs, de la posada sommaire autour de 30 euros la nuit à l’éco-lodge de charme.

Laguna Lodge

Cette adresse épouse l’esprit zen des lieux. A Santa Cruz La Laguna, ce boutique-hôtel est niché dans un écrin de forêt avec un spa, de superbes suites en bois avec vue sur le lac et un bar-restaurant raffiné. Autour de 240 francs la double.

thelagunalodge.com

La Casa del Mundo

Une situation tout aussi idéale en surplomb du lac, à Jaibalito, pour des prestations moins luxueuses mais tout confort. 90 francs la double.

lacasadelmundo.com

Villa Santa Catarina

Dans le village du même nom, à quelques minutes du village animé de Panajachel, un établissement de 37 chambres décorées avec soin. Une belle piscine. 100 euros la double.

villasdeguatemala.com

Y MANGER

Hôtel Atitlán restaurant, à Panajachel

Pour la table, classique et de bon goût, mais aussi la vue, superbe.

hotelatitlan.com

Café Sabor Cruceño

A Santa Cruz La Laguna, sur une superbe terrasse, des plats mayas à base de produits locaux réalisés par des étudiants en cuisine.

Y MUSARDER

Eglise de San Andrés Xecul

A 12 km de Quetzaltenango, l’un des plus célèbres édifices religieux du pays témoigne du syncrétisme entre catholicisme et tradition maya.

Marchés de Solola à Panajachel et de Chichicastenango

Le premier, à quelques pas du lac, est un marché alimentaire. Le second (mardi, jeudi) propose également de l’artisanat local. Dans les deux cas, des couleurs et une ambiance purement maya.

Publicité